‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 36 sur 78 · JÉSUS-CHRIST DANS LES LIMBES · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST DANS LES LIMBES

Bruil qai viens J'édcirc , Frappe \qs étlios!

Fnknis, bois sonore!

Soulevez- vous, llois Qui dormes encore!

iS6 LN MIRACLE

Sors, en les chassant, De ces brumes sombres, Jour éblouissant!

Déchirez-vous, ombres!

Jésus-Christ descend.

C'est i'astre sans déclin, c'est le soleil du juste

Devant sa face auguste , Bruits, parfums et couleurs, tout a ressuscité^ Reprenant sa parure avec sa mélodie,

La nature engourdie Se ranime aux rayons de la Divinité; Et des bois murmurants k qui les bois répondent, Des champs, des airs, des eaux dont les voix se confonJeni, S'élève un cri sublime , un concert enchanteur. Un hymne d'allégresse et de reconnaissance, Adressé par la vie à la toute-puissance De son étemel Créateur.

La foule exilée

Qui peuple ces bords

Su^ieod sa volée Aux premiers accords Que rend la vallée.

Frappés dans lears jeux Par réclat rapide Qui jaillit des deux , De leur main timide Ils couvrent leurs yeux.

Mais Jésus-Christ parait, sourit, et son sourire,

Dont ne se peut décrire, Sans un pinceau divin, Tineffable bonté.

Semble s'épanouir sur leurs traits qu'il colore

Comme une fraîche aurore Sur les fleurs dont Fédat réfléchit sa beauté. Pourtant, n'osant céder au charme qui l'attire, Chacun d'eux en tremblant s'avance et se retire, Lorsque Jésus leur dit, pour calmer cet effroi. D'un son de voix plus doux, plus caressant encore

188 Ui\ MIRACLE.

Que l'appel d'une mère à son fils qu'elle adore a Petits enfants, venez k moi! »

Tout Tessaim se mêle , S'envole, et, pareil A la blanche grêle Qui brille au soleil.

Tombe péle-mêle.

L'un en s'abattaul A la main s'attache, D'orgueil palpitant^ L'autre, au lin sans tache Du manteau flottant.

Celui-ci , qui s'agite autour de l'auréole , A travers ses feux vole ,

Comme le papillon par la flamme attiré ^

Le plus hardi de toas plane un moment et pose Ses deax lèvres de rose

Sur les cheveux da Christ et sur son front sacré.

Il les traîne après soi comme des tourterelles, Becquetant ses habils, sautant, battant des ailes , Luttant et se heurtant dans leurs débats jaloux ; Puis il lève sur eux ses deux mains bénissantes, Et tous, courbant soudain leurs têtes innocentes, Ils r>ont tombés h ses genoux.

La charmante image Que ces chérubins Courbant leur visage Et joignant leurs mains Pour lui rendre hommage!

I/air silencieux, L'eau sous la bruyère, I/oiseau dans les cicu\ , Comme eux en prière, Sont muols comme eux.

L'onde, qu'aux bords voisins le Sauveur a puisée,

Brille, tombe en rosée, Et leur front virginal est h peine humecté, Qu'une flamme divine k Tentour étincelle ,

Que leur beauté nouvelle Rayonne d'existence et d'immortalité.

(( Allez, leur dit Jésus, allez trouver Marie ; Aux pleurs du repentir elle s'est attendrie.

Et mon Père, h sa voix , vous a délivrés tous. Allez, petits élus de la gr&ce éternelle, Jouer aux pieds du Dieu qui d'exil vous rappelle ; Pour la patrie envolez-vous ! »

Un cri sous l'ombrage S'élève, et montant, Gomme un blanc nuage, Ce peuple en chantanl Pan pour son voyage.

Suivant d'un vol sûr Sa route inconnue

A travers Tair par, La joyeuse noe Se perd dans Tazur.

Restait une ombre encore, au rivage attachée,

Qui, la tête penchée, Ouvrait ses grands yeux bleus de surprise interdits. Maette sous ses pleurs, pensive et solitaire,

En rêvant à la terre Elle oubliait les cieux et leur doux paradis. Tout émue à Taspect de Jésus qui s'avance.

De peur d'être surprise en désobéissance, Elle aussi, mais sans joie, avait pris son essor. Quand le Dieu la retient par le bout de son aile, Puis Tentoured'un bras, puis s'envole avec elle En lui disant : « Toi , pas encor! »

L'enfant, dans l'étreinte

Sur lui se serrant ,

A la barbe sainte

Des deux mains se prend ,

Et dit avec crainte :

192 UN MIUACLE.

« ÂDge aux yeax si doux , Vers quelle demeure Tous deux voions-nous?

A celle qui pleure Me rapportez-vous? »

CHANT QUATRIÈME

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