DU MONT SAINT-BERNARD
A travers leurs pics, leurs rocs et leurs glaçons, G>urons A la victoire!
La plaine au combat nous invile \ La voilk, nous la voyons tous :
Ce torrent qui s'y précipite r^'y doit arriver qu'après nous. L'Italie! ànouslltaUe!
Battez, tambours! qu'on se rallie!.
En avant! plus prompts Que les flots des monts.
Qui de roc en roc s'en vont tombant par bonds, Tombons Sur l'Italie!...
iViIi:
Rome, que me veux-tu? quel charme attendrissant Tourne vers tes déserts ma triste rêverie?
D'où vient que loin de toi mon cœur ému ressent Ce doux mal que, loin d'elle, on sent pour sa patrie? Et toi, Venise aussi, d'où vient que malgré moi J'ai des pensers d'exil lorsque je pense a toi?
J'aimais h contempler votre ciel sans nuage : Est-ce lui qui vers vous reporte mes soupirs;
Et, pour mieux m'altirer par sa brillante image, De toutes ses splendeurs luit dans mes souvenirs? Mais Naple a de beaux jours, des jours plus beaux eacore, Un ciel plus transparent, plus pur, plus radieux^ Regarder c'est jouir, quand Naples se colore De la teinte du soir qui rafraîchit tos yeux, Ou sort avec ses monts des vapeurs de Taurore. Le soleil ^ lui seul remplit le firmament.
Quand ses ardents rayons la couvrent tout entière, Erûlent les flancs bronzés du ^ ésuve fumant, Et qu'aux feux du midi le golfe s'enflammant Roule à vos pieds l'azur, Técume et la lumière. Et ce soleil pourtant, ces jours dont Naple est Acre, Ces belles nuits, ces monts, ces flots éblouissants, Cet Océan de feu ne parlent qu'à mes sens.
Est-ce vous que j'aimais, brillantes cascatelles? Est-ce votre fraîcheur que je cherche au réveil , Votre murmure absent qui berce mon sommeil?... Mais j'ai vu se briser des cascades plus belles 5 A travers leur cristal j'ai vu du haut des airs L'iris, de ses couleurs plus prodigue pour elles.
Se joaer dans lears flots qui lançaient plus d'éclairs. Et pourtant quand je pense aux cimes éternelles , Aux torrents écumeux des rochers de Terni, G^est comme un wyageur et non comme un banni.
Des pontifes romains fastueuse demeure, Travaux de Raphaël, monuments des Césars, Tombeaux , peuple de marbre enfanté par les arts, Chênes verts d'Albano, c'est donc vous que je pleure? Jardins de la Erenta qui parfumez les vents, Ce sont vos orangers, votre magnificence , Et du palais ducal les souvenirs vivants....
Mais de grands souvenirs revivent à Florence. O vous, pour qui mon choix pencha de préférence, N'en convenez-vous pas? Florence, votre sœur, A des marbres divins comme de frais ombrages^ Elle emprunta son nom aux fleurs de ses bocages ^ Et Florence pourtant ne dit rien h mon cœur.
Ah ! quels que soient les feux dont le ciel se décore , La splendeur des cités, leurs monuments pompeux -,
11 n'est point de beaux lieux que n'embellisse encore
Le sentiment profond qu'on éprouva près d'eux.
Les bords où, voyageur, il s'exila lui-même,
N'ont pour Tindifférent qu'un charme passager -,
Alors qu'il les admire, il se sent étranger-,
Mais le ciel du pays est aux lieux où Ton aime.
Du jour qu'elle parut k mes yeux attendris,
Un intérêt plus cher, une beauté nouvelle,
Je ne sais quel attrait qui fait qu'on se rappelle,
Prêta de l'éloquence k la tombe, aux débris,
Et je n'oubliai plus quand j'admirai près d'elle.
L'air natal m'agita d'un doux rrémissemenl:
Je crus voir refleurir une gloire flétrie ;
Tout me sembla grandeur, chef-d'œuvre, enchanl^'''^'''''
Tout me fut souvenir, tout me devint patrie,
Et lorsque malgré moi je me laissai charmer
A Tamour dont pour vous mon âme s'est éprise,
Rome, ce n'est pas toi; ce n'est pas toi, Venise,
C'est elle que j'aimais en croyant vous aimer!
Ne verrai-je donc plus se dérouler ces plaines, Ces coteaux onduleux comme les flots des mers! Ne les verrai-je |>lus, ces campagnes romaines,
Dont mes pas auprès d'elle ont foulé les déserts , Et ce noir Colysée, et dans sa vaste eneeiote Ces clartés qui tombaient des arceaux entr^ouverts, Qoand y la tête penchée, un bras sur la croix sainte, A minuit , belle et p&le, elle écouta mes vers! Des jardins Médicis qui me rendra Tombrage, Les pins silencieux des jardins Pamphili, Où dans son souvenir j'errais enseveli?
Qae mon cœar tressaillait dans ce sentier sauvage, A travers les vapeurs des flots de Tivoli, Lorsque son voile humide effleurait mon visage! Qu'ai-je admiré, profane , ii ce iM'oît solennel De Tairain , des clairons, des foudres de la guerre. Quand les bras d'un vieillard, étendus vers le ciel. Recueillaient ses pardons pour les rendre k la terre? Profane , j'admirais ce front noble et charmant , Kève étemel de ceux qui l'ont vue un moment.
Rendez-moi, lieux chéris, dont le nom seul m'agite, Rendez-les-moi , ces jours où j'ai vécu si vite , Ce dévorant espoir d'un plaisir qu'on attend , Ces craintes, ces transports, cette flamme sacrée Que ses yeux répandaient dans mon sein palpitant , Dont mon cœur s'embrasait 2i sa voix inspirée. Ces siècles de bonheur pressés dans un instant!
Eh qaoi! les ressaisir n'est plus en ma puissance! Quoi! jamais oubliés, mais passés pour jamais! Ds Tétaient k Venise; et, malgré son absence, Elle anima pour moi ce tombeau que j'aimais.
Je Ty voyais encore, et mon àme attristée Regrette jusqu'aux lieux où je l'ai regrettée. De nos beaux jours de Rome un reflet p&le et doux Éclairait ces débris , lorsque l'Adriatique Venait, comme une veuve en deuil de son époax, Mêler k mes soupirs son bruit mélancolique.... Ah ! qu'ai-je dit? ces jours que je croyais perdus , Que je redemandais au soleil d'Italie, Un seul jour les vaut tous et me les a rendus. Ils brillent k mes yeux sur la France embellie. Celle de qui l'image accompagnait mes pas Dans ce dernier palais des héros de Venise, Funèbre monument, peuplé par le trépas, Où l'immortalité sur la tombe est assise , Celle k qui j'ai juré de ranimer ces morts, Tremblante de ma crainte, heureuse de ma joie, Elle a vu le succès couronner mes efforts.
Cette gloire est la sienne , et je la )ui renvoie. Oui, ces frémissements d'un plaisir douloureux, Ces cris des spectateurs, ces pleurs versés par euX)
ÉPILOGLE. 237
Ce pouvoir d'exciter Tespoir ou les alarmes, D^emporter avec soi les cœurs daos son essor, Ce iriomphe enivrant a d'ineffables charmes ; Mais un de ses regards m'enivrait plus encor, Et j^aurais tout donné pour une de ses larmes! '*'
* Cette pièce fut composée le leodemain de la première représentation <1e Marina Faliero, et envoyée comme dédicace.
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