ACTE I, SCÈNE
Dieu même, et je Tai vu d'un œil indifférent!
Cest mon droit, c'est mon bien; pour monter à ce rang
U n'est point de danger que mon cœur ne défie.
Je suis ambitieux, et je m'en glorifie ;
Je le suis par amour : je veux régner ; je veux ,
En leur donnant des lois, en triomphant pour eux ,
M'emparer d'un trésor plus cher qu'un diadème ,
Plus enivrant cent fois que la gloire elle-même ;
Et, i)Our le conquérir puisqu'il faut être roi,
Je le serai : demain tout fléchira sous moi.
MÉLUSIXE.
Régnez donc !
MATHILDE
Mais Tancrèdc indigné!...
BAUnOLIN.
Qu'il s'indigne!
Qu'importe, si nos pairs me jugent le plus digne? Que me font et sa brigue, et sa gloire, et son bras? Je l'honore, Malhilde, et je ne le crains pas. Je pouvais, par respect, dépouiller ma naissance, Quand je ne lui cédais qu'une vaine puissance; Mais immoler pour lui mon bonheur de mes mains! Non; j'oppose k ses droits ceux de deux souverains,
5S8 MELUSLNE.
Leur sang royal au sîeo j qu'il fail parler en maître ; J'oppose k ce qu'il Tut... ce qu'un jour je dois être. D'un passé qui Tieîllît, que peut le souvenir Contre tons les dangers qn'enrerme Ta venir ? Eh Inen donc , qu'à son bras mon jeune bras succède : U a pour avenir le passé de Tancrède.
MÉLUSINE
Dieu vous le doit, Baudouin; régnez : je reconnais
Le Godefroy nouveau qu'en vous je devinais.
Régnez : li vous le trône! h vous la renommée
Qui croit comme la palme au pays d'Idumée !
A vous les vœux de tous, leur suffrage et le mien !
Je donne ici Texemple li TOrient chrétien ;
El si cette àme enfin, qui pour vous Tut si fière,
Vous a de son respect salué la première,
Croyez... Mais vos amis ne m'attendent-ils pas?
Puissé-je de leur couche écarter le trépas!
En vous quittant pour eux, je vous sers : k vos larmes
Ce n'est pas seulement rendre des frères d'armes;
Cest assurer des bras k vos nobles projets,
Baudouin ; c'est a leur roi conserver des sujets.
(Elle sort.]