‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 72 sur 78 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

CONTRAN.

Encor lui! j'étais loin de m'altendre Qu'il dûl TOUS inspirer un intérêt si tendre , Lui qui par vos dédains ne fut pas épargné.

Peut-être je Taimais quand je Tai dédaigné

CONTRAN.

Vous Taimiez! ô néant de la science humaine, Et que la mienne alors doit vous paraître vaine! Je sais tout, je puis tout, Mélusine! et ne puis Lire au cœur d'un enfant, tout-puissant que je suis.

MÉLUSINE

Coaunent lire en mon cœur? Je m'ignorais moi-même ^

Mais le voile est tombé : je me connais, je l'aime;

Je l'aime, et d'un amour égal eu son excès

A l'empire inhumain que sur lui j'exerçais.

A travers mes rigueurs ses yeux me trouvaient belle*,

Il m'excusait injuste; il m'adorait rebelle;

11 souffrait de mes maux; il mourait de ma mort.

Aujourd'hui le soleil lui pesait sur ce bord :

11 partait, et d'un mot sur ce bord je Ténchaine.

298 MÉLUSINE

Je veux qu'k son dégoût d'une grandeur prochaine L'ambition succède, et son cœur palpitant D'ambitieux désirs s'émeut en m'écoutant.

Il pense, il sent par moi, c'est pour moi qu'il respire^ Et je rougirais, moi, de l'amour qu'il m'inspire! J'en suis fière : puissance, honneurs, félicité, Baudouin me devra tout. Ah ! que la vérité Dans son jour Tormidable à moi se manifeste , Et, prenant pour ma part la royauté céleste, Qu'à pleines mains sur lui je puisse accumuler Les terrestres grandeurs dont je veux l'accabler.

CONTRAN.

Si j'avais ce pouvoir, l'auteur de la nature Au rang du créateur mettrait sa créature.

MÉLU6INE.

11 suffît de vouloir pour s'égaler h lui , Et d'oser.

CONTRAN.

A vos yeux quel jour trompeur a lui !

MÉLUSINE

C'est un rayon du ciel.

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