ACTE I, SCENE II
BEN-SAÎD
Jamais!
Gd, ma tribu, Murcie, et Grenade, et Sëville,
D'un cercle étincelant environnent ta ville.
De ce côté^ le fer! le fer de ce côté!
De tous la mort!... je viens t'offrir la royauté.
Maître du beau pays qu'enferment ces montagnes ,
Vois fleurir sous ta loi le jardin des Espagnes;
Règne : cet Abdala dont je suis l'envoyé Paime encor mieux debout que par lui foudroyé, Au prix dont tes exploits lui vendraient ta défaite. Règne, et garde la part que ta vertu t'a faite. En protégeant le tien , tu nous as convaincus Que ta sais respecter le culte des vaincus. Règne^ mais affranchi d'un honteux vasselage : A ton Dieu seul ta foi, comme à lui ton hommago! Ton alliance à nous! c'est l'acheter pour rien Que payer d'un royaume un bras tel que le tien.
LE CID, àElvire.
C'est a toi de répondre : un jour tu seras reine ; Infante, qu'en dis-tu?
Que je comprends k peine Qu'on vous paisse engager à salir deux blasons , Nobles entre tous ceux des plus nobles maisons. Moi, reine? je le suis :
(Montrant les diamants.)
Yoilk mon diadème.
Encor faible, il l'a pris ^ plus fort que toi-même. Mes sujets sont tous ceux qui l'admirent-, partant Ma royauté va loin, jusqu'où son nom s'étend.
Le titre offert par vous ferait tache à sa gloire*, S'il ne le dédaignait , Ben-Said, tu peux croire Qu'il s*en fût couronné sans le congé d'autrui. Cest ce qu'il m'autorise k répondre pour lui, Pour rhonneur offensé de ma double famille, Pour Gormas et Laiguez , moi , la petite-fiUe Du Gormas dont le bras yous a vingt fois défaite, De ce Diègue Laignez, qui par mille hauts faits, Maure, fut dans son temps Tépouvante du Maure, Moi, la fille du Cid qui les surpasse encore, Qui compte k soixante ans plus d'exploits qqe de jonn, Qui vous a tant vaincus et vous vaincra toujours.
L£ CID
Tu l'entends, Ben-Saîd.
IlODRIGUE , à part.
Ah! la Vierge imiportelle Que j'invoque ^ genoux, je U rêve ipoins belle!
BEN-SAÎD
Le plus fier Africain quelquefois soupira Aux pieds des cent beautés qui peuplent l'AIhambra ; Mais en les adorant nous ne descendons guère Jusqu'k les consulter sur la paix ou la guerre. L'avis de nos imans a pour nous plus de poids, Et le tien, que j'ai vu, te parle par ma voix. L'injustice du prince absout le gentilhomme, Et ton pieux iman , qu'on révère et qu'on nomiue Le flambeau de la foi dont tu fus le soutien, L'évéque de Valence absoudra le chrétien.
LE cm.
Maure, quand il s'agit d'être loyal ou traître. Je ne consulte femme, ambassadeur ni prêtre.