ACTE II, SCÈNE Vlll
Il renaît; laisse«iiioi cacher dans ta poitrine Ce front quq le remords sous tes bontés incline^ Laisse-moi , soulagé du poids do mes douleurs , Respirer Théroisme en y cubant mes pleurs.
Répands y jeoM lion, fëpaods ees pleurs que j'aime : Ils n'auront sur mon soin de témoin que toi*méme. Quand il touche à Thonneur qu'un souffle ternirait, Pour qu'on avis profite, il faut qu'il soit secret. Le courage qui tue à tes yeux est furie; Rodrigue, il est devoir s'il venge la patrie. Le meurtre est juste alors; pense qu'en triomphant C'est elte, c'est ton Dieu que ta vertu défend , Non le bruit qu'après toi laissera ta mémoire, Et que l'humanité ne sied qu'à la victoire. Tu le sens, n'est-ce pas? et tu veux devenit Le vailkuit que km nom promet k l'avenir; Tu prouveras à tous qu'eu toi revit ton frère, Et seras ce qu'il fut y l'orgueil de ton vieux père.
ROMIIOUfi.
Mais perdre El vire , ô ciel! ta perdre pour jamais, Et quand j'étais aimé !
LE CID
D'Elvire?
RODRIGUE
Que j'aimais.
LE CID
Toi!
ROBiUGUE.,
Pardon ! renfelrmant l'amour qui me consume^
256 I.A FJLLE UU CID.
Je n'ai de col amour senti que ramertume. Pardon! si j'eus des loris, ils sont trop expiés; Le désespoir les suit : ici même, ^ ses pieds, Une erreur m'a livré l'aveu de sa tendresse, Et moi, dans ce moment de douleur et d'ivresse, J'ai tout dit; mon bonheur, je n^ai pu l'accepter , Et je ne l'ai connu que pour le regretter.
LE CID
Que pour t'en rendre digne*, il peut renaître encore : On désarme aisément celle qui vous adore, Et, fût-il menacé d'un courroux éternel, Jamais l'amant aimé n'est long-temps criminel. Tout couvert de son sang, j'ai cru perdre Qiimène; Elle a cru me haïr, et j'ai fléchi sa haine. Mais à force de vaincre; eh bien! fais comme moi , Et change en actions les pleurs versés par loi. Ils engagent ton bras, car ils sont des promesses; Ces pleurs vont enfanter d'incroyables prouesses : La mort en va sortir, la gloire; et cette fois Tu vas m'épouvanter, filleul, de tes exploils.
RODRIGUE
Âh ! puisqu'il m'est promis , ce prix de ma vaillance, Meure en moi la pitié devant cette espérance! Que le fer ennemi se plonge dans mon flanc. Qu'à vos yeux immolé je tombe en immolant, Qu'un pied païen m'achève, et que pour funérailles Les loups de la Sierra boivent dans mes entrailles , Si mon pcre au retour me refuse son nom ; Campéador, l'espoir de porter son blason; Elvire, celle main qu'elle m'avait donnée; El les chrétiens vainqueurs, l'honneur de la journée!