EDOUARD, LORD DERBY
Par le vol qu'elle a pris la jeunesse m'étonne^ Et sa gloire , c'est vous.
EDOUARD
Parlons d'une personne Qui m'occupait, milord, bien plus que mes succès. Vous avez deviné celle h qui je pensais. Quand la re verrons-nous? bientôt? vous Pécrit-elle?
LORD DERBY
Toujours, cher Edouard, aussi tendre que belle, Parlant toujours de vous, mais ne me disant rien De ce prochain retour, votre espoir et le mien ! Vous savez de quel œil je vois cette alliance?
EDOUARD
Quels droits n'avez-vous pas h ma reconnaissance!
LORD DERBY
Tout, près d'un bien si cher, m'est presque indifférent. Cependant en ami, je puis dire en parent, Je viens vous rappeler qu'on me veut pour lord-maire. On me veut, c'est le mol, dois-je me laisser faire? Certe il n'est point de voix dont je fasse mépris^ Une seule h mes yeux est pourtant d'un grand prix ,
La vôtre : cher neveu, lirez-moi de mes doutes-, Je consens, pour Pavoir, à les accepter toutes.
EDOUARD
Puis-je savoir, avant de débattre ce point , Si le serment, milord, ne vous arrête point?
LORD DKRBY, plus froidement.
Sur le serment , monsieur, chacun a sa doctrine;
La conscience alors est ce qui détermine.
En refusant le sien, mon père agit, je crois.
Moins en homme d'état qu'en martyr de ses rois -,
Car, bien qu'un tel refus soit un acte héroïque,
11 vous rend inutile k la chose publique.
Or, tous les citoyens lui devant leur concours,
Puis-je la priver, moi, de mes faibles secours?
Pour le gouvernement j'ai peu de sympathie ;
Mais il existe enfin : loin de prendre ^ partie
Un fait qu'il faut subir, je tiens qu'un homme droit
Peut accepter le fait sans admettre le droit.
Tranquille sur le but que mon cœur se propose ,
Une formalité me semble peu de chose.
Et, la fin, dans ce cas, excusant 4e moyen.
Je redeviens sujet pour être citoyen :
Le tout avec réserve! Un serment politique.
Qu'est-ce? un pacte obligé, que... certain cas critique
Peut jusqu'^... certain point rompre... en certain moment,
Et qui n'engage pas comme un autre serment.
EDOUARD
Milord me permettra de penser le contraire : Ce qui touche à Phonneur ne peut être arbitraire. Et, dût-il nous coûter, s'il est fait librement. Un serment politique est toujours un serment.