ACTE II, SCÈNE X
LE CID
Dieu, qui du haut du ciel maudit ces représailles, Pourra le lui trouver au pied de nos murailles.
BEN-SAID
Dieu, qui les lui commande, a dit que sur ce bord Au plus grand de vous tous il donnerait la mort.
LE CID
Qu'il laisse aux pleurs d'un père amollir son courage , Ce guerrier pour sa gloire aura fait davantage.
BEN-SAÏD
lia juré.
LE CID
Du Qd veut-il être honoré?
Qu'il cède.
BEN-SAÏD
Je t'ai dit, chrétien, qu'il a juré.
LE CID
Alors, je te dis moi, partant, je t'autorise, Maure, k lui répéter que le Qd le méprise. Quel que soit le serment que sa bouche a prêté , Insulter un cadavre est une lâcheté.
BEN-SAÏD
Ce mot-lk prononcé veut qu'on tue ou qu'on meure : La bataille en suspens vous laisse encore une heure ; Si tu veux mesurer ton bras avec le sien. Je te dirai son nom.
LE CID
Je le sais : c'est le tien.
BEN-SAÏD
Eh bien donc?
LE CID
il n'est plus (|u'un duel qui m'honore,
Duel enlre la croix et Tétendard du Maure,
Mon pays et le tien , vous , Ben-Sald, et nous ;
Non d'un seul contre un seul , mais de tous contre tous.
De tant d'hommes sur moi lorsque le sort repose,
Punir Torgueil d'un homme est pour moi peu de chose;
J'ai son peuple a détruire et le mien à sauver.
Il me retrouvera s'il veut me retrouver^
Je n'entends éviter ni chercher sa rencontre ^
Qu'au fort de la mêlée à mes yeux il se montre,
Et, pour avoir le mien, qu'il m'apporte son sang,
Je ne refuse pas de l'abattre en passant.
Pars.
(Montrant le champ de bataille.)
Là, je te promets de remplir son attente ; Lk, dans les rangs des siens, là, jusque sous sa tente, Jusque sous son épée, avec l'aide de Dieu , J'irai chercher Fcrnand.
BEN-SAÏD
Viens donc l'y prendre.
LE CID
Adieu.
(Le Cid sort par une porte latérale, Ben-Saïd se dirige Ters la porte da fond.)