PROLOGUE
Dans un pays fier de ses libertés, Pourquoi donc du bon sens seriez- vous les esclaves? On s'en passe très-bien, et pour des choses graves : Témoin tant de messieurs justement respectés , Messieurs les électeurs, qu'ils soient mille... ou quarante, Messieurs de Tindustrie et messieurs de la rente.
Voire, messieurs des facultés;
Quant k messieurs de la critique , Du bon sens, ils en ont, mais presqu'autant, ma foi,
Que messieurs de la politique ,
Et c'est tout dire selon moi.
Sur les autres je fais main-basse ; Interrogez-les tous dans le particulier;
Ils vous diront : « C'est singulier,
» Mais le fait est que Je m'en passe. » On le peut , sans que rien s'oppose k ce désir. Sans qu'on vienne au collet pour cela vous saisir, Qu'on soit moins bien portant , ni moins recommandable,
Et s'en passer dans son plaisir
N'est pourtant pas un cas pendable.
Quelqu'un dit qu'k-propos déraisonner est doux; 11 sied donc bien parfois aux sages d'être fous. Essayez-en, messieurs, c'est une chose k faire.
Ne la nt-on que pour changer.
Mais juger, direz-vous, est notre grande affaire;
Moi, vous empêcher de juger!
Qui ? moi !.. . Vous jugerez ; voudrais-je en vous proscrire
Ce droit sacré du genre humain ?
De nos bureaux , messieurs, vous savez le chemin :
Aujourd'hui commencez par rire ,
Et vous viendrez juger demain.
LE