ACTE I, SCÈNE IV
DORANTE
Je t'en fais mon complimeal. ( a part.) J'ai gain de eaase, si je le jelle dans cette intrigue-<h.
LA POMMERAIE
Tu réfléchis?
DORANTE , avec exaltation.
La Pommeraie, je t'aime!... Je veux qu'avant deux jours cette femme soit k toi.
LA POMMERAIE
Laisse-moi t'embrasser !
DORANTE
Mais sais-tu où elle loge?
LA POMMERAIE
Oui, j'ai eu dix fois la tentation d'aller chez elle^ le cceur m'a manqué.
DORANTE
Que fait-elle k Vire?
Je n'ose pas trop m'en informer, mais je crois qu'elle y mène une vie fort retirée-, d'où je conclus qu'dle pourrait bien être dans une position difficile.
DORANTE
Très-bien! Hftle-toi d'en profiter-, mais songe k te défaire de ce grand diable d'habit noir qui te gêne et qui ne peut que l'effaroticber. Regarde-moi , je suis avocat au palais, et marquis partout ailleurs.
LA POMMERAIE
Quel habit veux- tu donc que je mette ?
DORANTE
Un des miens : choisis dans ma garde-robe, et va chez elle.
LA POMMERAIE, effrayé.
Que me proposes-tu là ?
DORANTE
Va chez elle sous un de mes habits, tu ne seras plus le même homme.
LA POMMERAIE
Tu crois? mais si mon beau-père me rencontre ainsi accoutré, plus d'espoir de renouer avec lui!
Soixante mille cens pour un habit! c'est payer cher le plaisir d'être aussi beau que moi. N'y va donc point.
LA POMMERAIE
Au fait, pourquoi me rencontrerait-il?
DORANTE
II ne te rencontrera pas^ d'ailleurs^ que risques-tu d'essayer? Cours donc et reviens^ en un tour de main je t'apprendrai les airs vainqueurs : avec ta figure et mon habit, tu dois réussir.
LA POMMERAIE
Tu penses que je réussirai?
DORANTE
Cesi l'audace qui te manque ^ mon habit te la donnera. La Pommeraie , que je reste court au beau milieu de mon premier plaidoyer, si un habit que j'ai porté n'a pas sur toi plus de vertu que trois bouteilles de vin de Champagne!
LA POMMERAIE
Ma foi, j'y vais.