ACTE I, SCÈNE IV
LA POMMERAIE
Je veux... oui, c'est une idée qui me consume, je veux affronter un bonheur dont j'ai rêvé toute ma vie sans le cx>nnaitre', car j'ai langui , Dorante, j'ai pâli, séché sur des livres-, je me suis plongé à fond dans mon droit, et je n'ai fait que deviner l'amour.
DORANTE
Ma conduite a été toute contraire : j'ai approfondi l'amour, et j'ai deviné le droit.
Yoilîi pourquoi je te demande un conseil.
DORANTE, à part.
La bonne œuvre que de le mener 2i mal , pour lui prouver qu'il est homme !
(Jolie tnvene la sctoe.) LA POMMERAIE , saisissant la main de Dorante.
Ah! mon ami!
DORANTE
Est-ce que tu te trouves mal ?
LA POMMERAIE
C'est elle.
DORANTE
Comment?
LA POMMERAIE
C*est elle qui passe!
DORANTE
Où donc?
LA POMMERAIE
Je n'ai pas besoin de tourner les yeux pour en être sûr ^ je sens qu'elle {lasse.
DORANTE
Ah! l'adorable personne!
N'est-ce pas? Y esl-elle encore?
DORANTE
Non.
LA POMMERAIE
Je n'ose jamais la regarder que quand elle est passée.
DORANTE
Ce n'est pourtant pas le moyen de la voir!... Où en es-tu avec elle? lui as-tu parlé?
LA POMMERAIE
Non. Comment risquer une dédaration sous cet babil?
DORANTE
Lui as-tu écrit?
LA POMMERAIE
Oui 5 quand je me doute qu'elle est quelque part, je m'y promène en laissant tomber, par derrière mon dos, des billets sans adresse et sans signature.
DORANTE
Les lit-elle?
LA POMMERAIE
Je ne sais pas.
DORANTE
Les ramasse-t-elle , au moins ?
LA POMMERAIE
Je n'en sais rien.
Il est vrai que tu ne peux guère t'en assurer avec ton système.
LA POMMERAIE
\ oilîi OÙ j'en suis.