SCENE I
JLLIE, LABUANCHE.
JULIE , après avoir lire les verrous. ^
Enlrcz, monsieur, entrez, mon mari 5 car il est convenu que vous Fêtes pour une heure , et vous voici chez vous!
LABRANGHE.
Jamais verrous n'ont retenti plus agréablement a mon oreille , et je ne laisse pas que d'avoir eu Foccasion d'entendre ce bruit-l^ quelquefois, malgré mon innocence.
JULIE
Hélas! ni moi, malgré la mienne.
Ah! madame, pourquoi nos deux innocences méconnues n*ont-elles pas été enfennées ensemble ? j'aurais fait vœu de captivité.
JULIE
Vous êtes trop galant pour un mari.
LABRANGHE.
C'est que je ne le suis que par contrebande , et d'une femme qui en a probablement un autre.
338 LE CONSEILLER UAPPORTEUU.
JULIE
Ne puis-je pas élre veuve, monsieur?
LABRANCHE
J'ai cru d'abord que vous l'étiez ^ mais vous aviez des moments d'une tristesse si naturelle que j'ai vu tout de suite mon erreur.
JULIE
Il est trop vrai , je suis enchainée , et pour toujours.
LABRANCHE
Cest bien long. Nous autres jurisconsultes, nous rangeons le mariage dans la classe des institutions où la perpétuité est une barbarie de la loi.
JULIE
Ah! monsieur, que de femmes doivent penser comme les jurisconsultes!
Ce qui ne m'empêcherait pas de vous engager ma liberté tout entière, ne fût-ce que pour une moitié de la vôtre.
JULIE
Vous êtes brave.
LABRANCHE
Vous savez que je dois l'être ce soir contre le séducteur que nous attendons. Il n'a qu'à se bien tenir ^ je suis ferrailleur en diable, et je veux que mes airs de mari in-digne le fassent rentrer sous terre.
JULIE4
Je vous crois terrible!
LABRANCHE
Que dites-vous de l'accoutrement? N'ai-je pas avec la rapière toutes les allures d'un gentilhomme de campagne