‹ Œuvres complètesChapitre 216 sur 324 · ACTE 11, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE

qui a |)assé trois jours îi Versailles pour y prendre les grandes manières, et qui n'a pas laissé que d'être quelque peu dangereux dans Tamoureux commerce?

JULIE

Je ne peux me dérendre de Tidée que monsieur Dorante Ta été plus que vous.

LABRANCHE

Je ne comprends pas pourquoi vous avez cette idée-la. Je ne sais si cela tient ^ rtiabilude que j'ai de ma personne, mais je ne me crois pas tourné de façon à être moins bien venu auprès du sexe que monsieur Tavocat Dorante, voire même monsieur le docteur Valère, qui est autrement redoutable.

JULIE

Le docteur Valère!

LABRANCHE

Qu'avez- vous donc, madame?

JULIE

Vous le connaissez ?

LABRANCHE

Si je le connais ! mais c'est le client qui noiis met tous en peine, le prisonnier que vous avez juré de défendre avec nous contre les fureurs de monsieur de La Pommeraie.

JULIE

11 est prisonnier?

LABRANCHE

Je ne vous l'ai pas dit?

JULIE

Non -, et comment Taurais-je appris? Voilà donc pourquoi je l'ai attendu si long- temps en vain. Je suis anéantie!

340 LE CONSEILLER UAPPOKTELU.

LABRANCHE

Et moi, madame, je suis pélrifié. Qaoi! j'aurais devanl mes yeux celle épouse tant calomniée, cet auteur illustre dont la vie privée n'est pas moins publique que les écrits.

JULIE, vlTement.

Vous les avez lus?

LABRANCHE

Eh ! qui ne les a pas lus, madame? (a part.) Il n'y a pas de malheur imprévu qui puisse empêcher un auteur d'entendre ce qu'on dit de ses ouvrages, (a juiie.) Quel est le Vandale qui ne les a pas lus? (Apan.) Que je sois pendu si j'en connais un! ca juHc.) Je les ai dévorés; aussi je m'émeus d'indignation en voyant le siècle vouloir soumettre h toutes les règles ordinaires une imagination qui fait gloire de n'en reconnaître aucune...

JULIE

N'est-ce pas, monsieur!

LABRANCHE

Et claquemurer une femme de génie dans tous les menus soins , dans toutes les petites vertus de mère et d'épouse, comme une bourgeoise qui n'aurait rien de mieux a faire que de viser à la considération.

JULIE

Eh bien! monsieur, voilh pourtant ce que veut le monde.

LABRANCHE

Eh bien! madame, le monde est un sot, et c'est l'honorer beaucoup que de dire qu'il n'en est qu'un.

JULIE

N'importe ! je me sens découragée. Si mon mari venait h me surprendre une seconde fois..

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