‹ Œuvres complètesChapitre 3 sur 324 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

En vain Topinion veut payer mes services^

Elle me devra tout : que lui devrai-je? rien,

Rien qu'un pouvoir plus grand pour accomplir le bien.

Mais je saurai fixer sa faveur infidèle,

Je la dominerai; car je prends pour modèle

Ce vertueux Névil, que la chambre a perdu.

Qui, ferme sur Tautel , n'en est pas descendu ,

Qui d'un deuil unanime a couvert nos murailles,

Et dont un peuple entier suivra les funérailles.

Oui , je veux , comme lui , des parlis respecté ,

Garder jusqu'h la fin ma popularité ;

El si, tout chargé d'ans, comme lui je succombe.

En immortalité la changer sur ma tombe.

SIR GILBERT

Sublime honneur, mais rare! Adieu, ton déjeuner M'a fait quitter mes champs , et j'y vais retourner.

( Montrant la salle k manger. )

Rejoins-les.

EDOUARD

De flacons la table est bien garnie, El mes vins, mieux que moi, leur tiendront compagnie. Nous nous voyons a peine.

SIR GILBERT

A qui la faute?

EDOUARD

Hélas!

SIR GILBERT

Que ne viens-tu, mon fils, causer sous mes lilas?

EDOUARD

Le puis-je?

SIR GILBERT

Quoi ! j'habile a trois milles de Londre,

Et de m'y visiter t« ae peux plus répoadix;.

De DOS droits 4)4i'oii attaque assidu défensem* , Je combats d'Harringtoo le pouvoir oppresseur. Ce ministre aujowni'luH ne veut-il pas^spendjMî Noire liabeas corpus. . .

SIU i;iLBËRT.

Il s en flatte.

EDOUARD

Et nous prendre Quinze ou vingt millions avec la liberté , Si nous voiODS «on bill par les lords adopté.^

SIR GlI^iaiT.

La question est grave; et toi qui la décides Dois-tu lui refuser une arme et des subsides? Le Prétendant triomphe, il marche; ses progrès Peuvent à bien des cœurs préparer des regrets.

EDOUARD

Erreur!

81R GILBERT

Tu crois .^

EDOUARD

Mortins, l'honneur de notre presse, D'Harrington sur ce point a démasqué Tadresse : On veut nous effrayer de ce coup hasardeux , Qui, loin de Tébranler, raffermit Georges deux.

SIR GILBERT

Puisqu'il en est ainsi, grave orateur, j'espère Que sir Gilbert Lindsey, votre honorable père, A sa table, demain, vous aura, s'il vous plail , Dût quelque bill nouveau vous saisir au collet.

ACTEI, SCENE II. il

ÊDOUAKD.

A VOUS, et de grand cœur! DeiDâin point de séance^ Le cabinet tremblant prévok«a ééchéance, Et, pour gagner un jour, 3 suspend nos débats. Qa'il revienne à la charge, et je parle, j'abats, J'écrase de sa loi ie dernier paragraphe ; Il succombe, on renlerre, et , qiaHt ài l'^piiapho , Nous la ferons : G<-glt qui n'est pas regretté ^ Et qui ne valait pas oe «qu'il nous « coAté.

sm On^BERT.

Lord Derby rit pourtant de la crise où nous sommes.

Mais sous cape, je crois, vu qu'il est de ces hommes A mettre tout en feu pour rentrer dans leurs droits , N'était la peur qu'ils ont de se brûler les doigts.

SIR GILBERT

Son père , en chevalier, refusa sous Guillaume Le serment qu'ont prêté les ordres du royaume. Exclu des nobles bancs, il s'en vanta partout; Puis moins, puis moins encore ; et le fils pas du tout ^ Car lorsqu'il était Tranc, je veux dire au collège, Je le vis quelquefois pleurer son privilège.

EDOUARD

Ce marquis plébéien , alderman comme moi , Espère k la Cité donner bientôt la loi , Et, convoitant l'honneur d'un pouvoir éphémère , Vise au trône vacant [»ar la mort du lord-maire.

SIR GIIAERT.

Il dérogerait donc jusqu'il prêter serment? EttuJeao0Hnerais?

EDOUARD

Non.

SIR GILBERT

C'est sûr?

EDOUARD

Non, vraiment ; Mais la Qté pour lui peut n'être point ingrate. S'il pense en jaeobiie, il parle en démocrate : Ou liberté sans borne, ou pouvoir absolu ; Il ne sort pas de Ik. Le peuple a prévalu ; Gloire au peuple ! il est peuple -, il défend l'industrie ; Au progrès, des deux mains, il pousse la patrie. Et, sans se compromettre, il voudrait la pousser Tant et si fort qu'enfin il pût tout renverser.

SIR GILBERT

C'est son portrait vivant. J'augure, à ce langage, Que l'honnête Nelbroun obtiendra ton suffrage.

EDOUARD

Nelbroun pour le ministre a voté quelquefois.

SIR GILBERT

Comme je fis jadis , pour ou contre , à mon choix , En homme indépendant, qui voit même bassesse A craindre le pouvoir qu'à redouter la presse. Dans l'intérêt de tous, et jamais dans le mien , Du bill qu'on proposait adversaire ou soutien, J'écoutais les raisons sans penser aux personnes, Et votais pour les lois quand je les trouvais bonnes.

EDOUARD

Et c'était le devoir d'un loyal citoyen.

SIR GILBERT

D'un digne Anglais, morbleu! qui veut, qui fait le bien,

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