SCENE I
ODETTE
Sous leur sceptre de fer ils ont tout comprimé ; Leurs armes ont fait fuir un peuple désarme ,
Dont le sang coulait sans vengeance.
Dans ce palais, où veille le soupçon , K'as-tu, roi prisonnier, recouvré ta raison
Que pour mieux sentir ta souffrance?
Non, ton fils brisera tes fers en t'embrassant; Tout est prêt^ contre toi leurs fureurs seront vaines, Tant que mon cœur battra de Tamour qull re^ssent; Tant qu'un reste de sang Coulera dans mes veines.
Mais, hélas! que m*ont révélé, Cette nuit, mes songes funèbres.
Et que m'a dit dans les ténèbres La voix sainte qui m'a i)arlé?
(Elle se courbe comme si elle entendait la parole d« Dlea , et Hait par tomber à genoux.)
tt Humble fille des champs, ton heure vient; commence » L'œuvre qu'une autre accomplira;
470 CHAULES VI.
» Sauve-le, cet amaui qui de l'indiffereuce
» A Foubli pour loi passera.
» Cette desiinëe est la tientié :
» Mourir après l'avoir sauvé, » Sans laisser une tombe où ton nom soit gravé,
» Un cœur qui de loi se souvienne. »
(Se relevant avec exaltation.)
Eh bien! patrie, adieu!
Sur moi , pour que ta flamme Régénère mon âme, Descends, souffle de Dieu! Ta volonté remplie, Dieu, frappe! et d'ici-bas Viens, avant qu'il m'oublie^ M'enlever dans tes bras.
(Apercevant Isabelle qui entre.)
La reine !
SdENE II.
ODETTE, ISABELLE et BEDFORT, qui notent dabord au fona. BEDFORT, avec colère, à Urdlie.
Pensez-y, madame, qu'il consente A réparer l'affront Dont sa rage impuissante Osa flétrir ce jeune front.
ISABELLE
Il va rentrer sous mon empire 5 De sa fureur il est honteux :
Mais â'il faut aujourd'hui que mon pouvoir expire, Ou sa raison, mon choix n'est pas douteux.