‹ Œuvres complètesChapitre 89 sur 324 · ACTE IV, SCÉINE Vl · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÉINE Vl

Ce peuple divisé peut succomber pourtant.

Alors qu'aurons-nous fait, que ravir au royaume

Les droits qu'il a conquis en couronnant Guillaume?

Si le sort est pour nous, quel avis fera loi?

Est-ce le mien, Mortins? Tu vas plus loin que moi;

Le tien? Mais Thomas Goff va plus loin que toi-même;

D'autres plus loin, sans doute, et, d'extrême en extrême.

Rien n'arrêtera plus ton lion déchaîné.

Ou vaincus ou vainqueurs , qu'aurons-nous amené

Pour l'Angleterre en deuil par le meurtre affranchie?

Vaincus, le despotisme, et vainqueurs, l'anarchie.

MORTHIS.

To la domineras.

EDOUARD

C'est en la terrassant.

MORTINS.

Encore une victoire!

EDOUARD

Enoor des flots de sang!

MORTIUS.

Mais l'ordre !

EDOUARD

Le chaos!

MORTINS.

Que ton souffle féconde :

Va donc pour le chaos , et qu'il en sorte un monde !

EDOUARD

Ce monde , il est créé. Rends-le meilleur, plus pur;

Ne détruis pas, corrige; et quand il sera mûr

Poar des destins plus beaux et pour des droits plus larges,

Sa raison le fera, ce bien dont tu te chaînes.

Mais comment Taccomplir, Mortins, par la terreur?

Imposer la raison , c'est révolter Terreur.

Tu veux fonder, dis-tu, des lois républicaines ;

Et sur quoi ? sur des mœurs : où sont nos moeurs romaines ?

Tel qui fronde un abus s'engraisse d'un plus grand;

Le suffrage avili s'achète h prix courant;

En gloire Tinfamie avec de Tor se change :

Qui bâtit Ik-dessus bâtit sur de la fange.

Corrigeons donc les moeurs pour réformer les lois,

En créant des vertus nous enfantons des droits ,

Nous hâtons du progrès la marche irrésistible;

Et si gouvernement fut jamais perfectible ,

C'est le nôtre : avançons, il avance avec nous;

Au mouvement forcé , seul il offre entre tous

Liberté sans désordre, ordre sans tyrannie;

Sans secousse, progrès dans sa course infinie.

Il nous suivra ; marchons, le flambeau dans les mains,

Et pour les affranchir éclairons les humains.

C'est notre mission , c'est notre œuvre première ;

C'est tout : la liberté, Mortins, c'est la lumière!

MORTINS.

C'est la force au besoin ; elle épargne le temps, Et fait en un seul jour l'ouvrage de cent ans. Veux-tu t'associer au grand coup que je tente , Et servir tes amis ou tromper leur attente ?

EDOUARD

Plutôt que de trahir la foi de mon serment , J'oserais pour la loi voter au parlement.

MORTmS.

Toi!

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