L'AME DU VIN
Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles t « Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité, Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles, Un chant plein de lumière et de fraternité!
le sais combien il faut, sur la colline en flamme De peine, de sueur et de soleil cuisant Pour engendrer ma vie et pour me donner Tâme Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,
Car j'éprouve une joie immense (mao<^ je toptibe
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais b'en mieux que dans mes froids caveaux.
296 lES FLEURS DU MAL.
Entends-tu retentir les refrains des dimanches Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant? Les coudes sur la table et retroussant tes manches, Tu me glorifieras et tu seras content;
J'allumerai les yeux de ta femme ravie; A ton fils je jendrai sa force et ses coiileurs Et serai pour ce frêle athlète de la vie L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.
En toi je tomberai, végétale ambroisie, Grain précieux jeté par Téternel Semeur, Pour que de notre amour naisse la poésie Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleuri »
LE VIN DES CIIIFFOiNNlERS
Souvent, à la clarté rouge d'un réverbère Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre, Au cœur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux Où Thumanité grouille en ferments orageux.
On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête. Buttant, et se cognant aux murs comme un poète, Et, sans prendre souci des mouchards, ses sujets, Épanche tout son cœur en glorieux projets.
Il prête des serments, dicte des lois sublimes, Terrasse les méchants, relève les victimes. Et sous le flrmament comme un dais suspendu S'enivre des splendeurs ae sa propre vertu.
Oui.i ces gens harcelés de chagrins dg. ménage, Moulus par le travail et touim<nid> par llreintés et pliant sous un tas de d-biio, Vomissement confus de rénonne Paris,
Reviennent, parfumés d'une odeur de futailles, Suivis de compagnons, blanchis dans les batailles, Dont la moustache pend comme les vieux drapeaux — Les bannières, les fleurs et les arcs triomphau?f
Se dressent devant eux, solennelle magie! Et dans l'étourdissante et lumineuse orgie Des clairons, du soleii, des cris et du tambour, Ils apportent la gloire au peuple ivre d'amour I
C'est ainsi qu'à travers l'Humanité frivole Le vin roule de l'or, éblouissant Pactole; Par Je gosier de l'homme il chante ses eTfpInits Et règne par ses dons ainsi que les vrais rois.
Pour noyer la rancœur et bercer l'indolence De tous ces vieux maudits qui meurent en silence Dieu , touché de remords , avait fait le sommeil ; L'Homme^joutaJeJfi