‹ Œuvres complètesChapitre 110 sur 135 · UNE MARTYRE · texte numérisé non relu

UNE MARTYRE

DESBïN d'un MAITRE IKGONNU

Au mîlîeu des flacons, des étoffes lamées

Et des meubles voluptueux , Des marbres, des tableaux, des robes parfumées

Qui traînent à plis somptueux ,

Dans une chambre tiède où, comme en une serre.

L'air est dangereux et fatal , Où des bouquets mourants dans leurs cercueils de verre

Exhalent leur soupir final ,

Un cadavre sans tête épanche, comme un fleuve.

Sur l'oreiller désaltéré Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve

Avec l'avidité d'un pré.

Semblable aux visions pâles qu'enfante Tombre

Et qui nous enchaînent les yeux, La tête, avec Tamas de sa crinière sombre

Et de ses bijoux précieux,

Sur la table de nuit, comme une renoncule , Repose; et, vide de pensers,

Un regard vague et blanc comme le crépuscule S' échappe des yeux révulsés.

Sur le lit , le tronc nu^ans ^ci'up^ule^ étale Dans le plus complet abandon

La secrète splendeor- et.4a heajiti latale Dont la natureMfitdon ;

Un bas rosâtre, orné de coins d'or, à la jambe , Comme un souvenir est resté;

La jarretière, ainsi qu'un œil secret qui flambe, Darde un regard diamanté.

Le singulier aspect de cette solitude

Et d'un grand portrait langoureux ,

Aux yeux provocateurs comme son attitude , Révèle un amour ténébreux,

Une coupable joie et des fêtes Jtriinges Pleines de bal§ei:§J.alerûa«x,

Dont se réjouissait l'essaim de mauvais anges Nageant dans les plis des rideaux ;

Et cependant , à voir la maigreur élégante De l'épaule au contour heurté,

La hanche un peu pointue et la taille fringante Ainsi qu'un reptile irrité 3

' Elle est bien jeune encori — Son àme exaspérée Et ses sens par Tennui mordus S'étaient-ils entr'ouverts à la meute altérée Des désirs errants et perdus?

L'homme vindicatif que tu n'as pu, yiyante. Maigre tant d'amour, assouvir, I Combla-t-il sur^ajchajr inerte et, çonïplais^^^ I *^*^ TTîmmensitéjle son désir?

) Réponds, cadayjcç JTO et par tes tresses roides

^ Te soulevant d'un bras fiévreux,

Dis-moi, tête effrayante, a-t-il sur tes dents froides

Collé les suprêmes adieux ?

•— Loin du monde railleur, loin de la foule impure,

Loin des magistrats curieux, Dors en paix, dors en paix, étrange créature,

Dans ton tombeau mystérieux ;

Ton époux court le monde, et ta forme immortelle yeille^rès dejuj gjuandjljto

Autant 5ue toi sans cloute il te sera fidèle, Et constant jusques à la mort.

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