‹ Œuvres complètesChapitre 7 sur 135 · LES PHARES · texte numérisé non relu

LES PHARES

Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse, Oreiller de chair fraîche où Ton ne peut aimer, Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse, /'^-^^ Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer;

Léonard de Vinci, miroir profond et sombre, Où des anges charmants, avec un doux souris Tout chargé de mystère, apparaissent à l'ombre Des glaciers et des pins qui ferment leur pays;

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmureSç Et d'un grand crucifix décoré seulement, . Où la prière en pleurs s'exhale des ordure^'^^ '^*- Et d'un rayon d'hiver traversé brusauemeut;

Michel-Ange, lieu vague où l'on voit des Hercules^ Se mêler à des Christs, et se lever tout droits Des fantômes puissants qui dans les crépuscules Déchirent leur auaire en étirant leurs doigts ;

Ôô LES FLEURS DU MAL. j

Colères de boxeur, impudences de faune, '

Toi qui sus ramasser la beauté des goujats, - Grand cœur gonflé d'orgueil, homme débile et jaune? Puget, mélancolique empereur des forçats ;^#^.t*»i^^^

Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres, ;

Comme des papillons, errent en flamboyant, \ Décors frais et légers éclairés par des lustres Qui versent la folie à ce bal tournoyant;

Goya, cauchemar plein de choses inconnues, j

Jjl4,< De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats, j

'' De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues, 1

Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas; .^

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges, '

Ombragé par un bois de sapins toujours vert , / < ^ \

"^t^4^^^^ sous un ciel chagrin, des fanfares étranges \

Passent, comme un soupir étouffé de Weber; j

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes, ^ Ces extases, ces cris, ces pleurs,, ces Te Deum,

Sont un écho redit par mille labyrinthes; ]

C'est pour les cœurs mortels un divin opium! i

C'est un cri répété par mille sentinelles., i

Un ordre renvoyé par mille ,|)orte-voix; *n-(-^ , '*!

C'est un phare allumé sur mille citadelles,' i

Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois ! i

Car c'est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage Que nous puissions donner de notre dignité Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge Et vient mourir au bord de votre éternité I

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