‹ Œuvres complètesChapitre 73 sur 135 · L'IMPREVU · texte numérisé non relu

L'IMPREVU

Harpagon, qui veillait son père agonisant, Se dit, rêveur, devant ces lèvres déjà blanches : « Nous avons au grenier un nombre suffisant, Ce me semble, de vieilles planches ? »

Célimène roucoule et dit : a Mon cœur est bon. Et naturellement. Dieu m'a faite très-belle. » — Son cœurl cœur racorni, fumé comme un jambon, Recuit à la flamme éternelle !

Un gazetier fumeux, qui se croit un flambeau, Dit au pauvre, qu'il a noyé dans les ténèbres : « Où donc Taperçois-tu, ce créateur du Beau, Ce Redresseur que tu célèbres? »

Mieux que tous, je connais certain voluptueux Qui bâille nuit et jour, et se lamente et pleure, Répétant, l'impuissant et le fat : « Qui, je veux Être vertueux, dans une heure I »

L'horloge, à son tour, dit à voix basse : a II est mûr j

Le damné 1 J'avertis en vain la chair infecte. \

L'homme est aveugle, sourd, fragile, comme un mur i

Qu'habite et que ronge un insecte I » \

Et puis, Quelqu'un paraît, que tous avaient nié , i

Et qui leur dit, railleur et fier : « Dans mon ciboire, ■ Vous avez, que je crois, assez communié,

A la joyeuse Messe noire? î

Chacun de vous m'a fait un temple dans son cœur; ^ Vous avez, en secret, baisé ma fesse immonde

Reconnaissez Satan à son rire vainqueur, j

Énorme et laid comme le monde I \

Avez-vous donc pu croire, hypocrites surpris |

Qu'on se moque du maître, et qu'avec lui l'on triche, ;

Et qu'il soit naturel de recevoir deux prix, !

D'aller au Ciel et d'être riche ? ■

Il faut que le gibier paye le vieux chasseur \

Qui se morfond longtemps à l'affût de la proie. \

Je vais vous emporter à travers l'épaisseur, • Compagnons de ma triste joie,

A travers l'épaisseur de la terre et du roc, •

A travers les amas confus de votre cendre, i

Dans un palais aussi grand que moi, d'un seul blor^ ^ Et aui n'est pas de pierre tendre ;

Car il est fait avec l'universel Péché, Et contient mon orgueil , ma douleur et ma gloire I » — Cependant, tout en haut de l'univers juché. Un Ange sonne la victoire

De ceux dont le cœur dit : « Que béni soit ton fouet, Seigneur ! que la douleur, ô Père, soit bénie I Mon âme dans tes mains n'est pas un vain jouet. Et ta prudence est inQnie. »

Ib son de la trompette est si délicieux. Dans ces soirs solennels de célestes vendanges, Qu'il s'infiltre comme une extase dans tous ceux Dont elle chante les louanges.

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