L'EXAMEN DE MINUIT
La.penduîe, sonnant minuit, Ironiquement nous engage A nous rappeler quel usage Nous fîmes du jour qui s*enfuit 3 — Aujourd'hui, date fatidique, Vendredi, treize, nous avons.
Malgré tout ce que nous savons, Mené le train d'un hérétique.
Nous avons blasphémé Jésus, Des Dieux le plus incontestable I Comme un parasite à la tabl De quelque monstrueux Crésus, Nous avons, pour plaire à la brute, Digne vassale des Démons, Insulté ce que nous aimons Et flatté ce qui nous rebute
Contristé, servile bourreau, Le faible qu'à tort on méprise ; Salué l'énorme Bêtise, La Bêtise au front de taureau ; Baisé la stupide Matière Avec grande dévotion , Et de la putréfaction Béni la blafarde lumière.
Enfin, nous avons, pour noyer Le vertige dans le délire, Nous, prêtre orgueilleux de la Lyre, Dont la gloire est de déployer L'ivresse des choses funèbres.
Bu sans soif et mangé sans faimî., — Vite soufflons la lampe, afin De nous cacher dans les ténèbres I
XG MADRIGAL TRISTE
Que m'importe que tu sois sage?
Sois belle ! et sois triste ! Les pleurs Ajoutent un charme au visage, Comme le fleuve au paysage; L'orage rajeunit les fleurs.
Je l'aime surtout quand la joie S'enfuit de ton front terrassé ; Quand ton cœur dans l'horreur se noie; Quand sur ton présent se déploie Le nuage affreux du passé.
Je t'aime quand ton grand œil verse Une eau chaude comme le sang; Quand, malgré ma main qui te berce, Ton angoisse, trop lourde, perce Comme un râle d'agonisant.
J'aspire, volupté divine !
Hymne profond, délicieux I
Tous les sanglots de ta poitrine, Et crois que ton cœur s'illumine Des perles que versent tes yeux!
te sais que ton cœur, qui regorge De vieux amours déracinés.
Flamboie encor comme une forge, Et que tu couves sous ta gorge Jn peu de l'orgueil des damnés;
Mais tant, ma chère, que tes rêves N'auront pas reflété l'Enfer, Et qu'en un cauchemar sans trêves, Songeant de poisons et de glaives.
Éprise de poudre et de fer.
N'ouvrant à chacun qu'avec crainte, Déchiffrant le malheur partout, Te convulsant quand l'heure tinte, Tu n'auras pas senti l'étreinte De l'irrésistible Dégoût,
Tu ne pourras, esclave reine Qui ne m'aimes qu'avec effroi.
Dans l'horreur de la nuit malsaine Me dire, l'âme de cris pleine :
« Je suis ton égale, ô mon Roi I »