‹ Œuvres complètesChapitre 87 sur 135 · RECUEILLEMENT · texte numérisé non relu

RECUEILLEMENT

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille. Tu réclamais le Soir; il descend; le voici : Une atmosphère obscure enveloppe la ville. Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pbfidant que des mortels la multitude vile, Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci, Va cueillir des remords dans la fête servile, Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années, Sur les balcons du ciel, en robes surannées; Surgir du fond des eaux le Regret souriant;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche, Et, comme m long linceul traînant à l'Orient, Untendsi ma chère, entends la douce Nuit qui marc ri e

L'HÉAUTONTIMOROUMÉNOS

Je te frapperai sans colère

Et sans haine, comme un boucher,

Comme Moïse le rocher !

Et je ferai de ta paupière,

Pour abreuver mon Sahara, Jaillir les eaux de la souffrance.

Mon désir gonflé d'espérance Sur tes pleurs salés nagera

Comme un vaisseau qui prend le large, Et dans mon cœur qu'ils soûleront Tes chers sanglots retentiront Comme un tambour qui bat la charge!

Ne suis-je pas un faux accord Dans la divine symphonie,

SPLEEN ET IDÉAL. 84t

Grâce à la vorace Ironie

Qui me secoue et qui me mord?

Elle est dans ma voix, la criarde !

C'est tout mon sang, ce poison noiri Je suis le sinistre miroir OÙ la mégère se regarde !

Je suis la plaie et le couteau I Je suis le soufflet et la jouel Je suis les membres et la roue, Et la victime et le bourreau I

Je suis de mon cœur le vampire, — Un de ces grands abandonnés Au rire éternel condamnés, Et qui ne peuvent plus sourire l

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