LIVRE XXIV, CHAP
Elle seule savoit faire les citoyens; elle seule faisoil les grands hommes; elle seule faisoit les grands empereurs.
Faites pour un moment abstraction des vérités révélées ; cherchez dans toute la nature, et vous n'y trouverez pas de plus grand objet que les Antonins ; Julien même, Julien, (un suffrage ainsi arraché, ne me rendra point complice de son apostasie), non, il n'y a point eu après lui de prince plus digne de gouverner les hommes \
Pendant que les stoïciens regardoient comme une chose vaine les richesses, les grandeurs humaines, la douleur, les chagrins, les plaisirs, ils n'étoient occupés qu'à travailler au bonheur des hommes, à exercer les devoirs de la société : il sembloit qu'ils regardassent cet esprit sacré qu'ils croyoient être en eux-mêmes, comme une espèce de providence favorable qui veilloit sur le genre humain.
Nés pour la société, ils croyoient tous que leur destin étoit de travailler pour elle : d'autant moins à charge, que leurs récompenses étoient toutes dans eux-mêmes; qu'heureux par leur philosophie seule, il sembloit que le seul bonheur des autres pût augmenter le leur^
pris de la foi en devroit faire; car la foi suppose les bonnes œuvres, comme une cause suppose les effets qui en doivent résulter. (Luzac.)
1. Cet éloge de Julien, qui rappelle celui que Montaigne en a fait, est un des passages de VEsprit des lois qui choque le plus Crévier. Joignez à cela que Montesquieu ose traiter de grands hommes Bayle (XIV, vi.) et Machiavel (VI, v.); c'en est assez pour que l'excellent professeur s'écrie : « Qui ne peut pas sentir dans ces traits l'inclination àlouer ses semblables?» En d'autres termes, Montesquieu a un foihle pour tous ceux qui ont fait profession d'impiété. Traduisez pieusement: II est leur complice.