Voyage de François Pyrard, ch. xxvii. (M
DE L'ESPRIT DES LOIS
paroît pas blesser la puissance du prince ; on y est dans une ignorance extrême de tout. Un Européen peut se rendre agréable par de certaines connoissances qu'il procure : cela est bon pour les commencements. Mais, sitôt que l'on a quelque succès, que quelque dispute s'élève, que les gens qui peuvent avoir quelque intérêt sont avertis; comme cet État, par sa nature, demande surtout la tranquillité, et que le moindre trouble peut le renverser, on proscrit d'abord la religion nouvelle et ceux qui l'annoncent; les disputes entre ceux qui prêchent, venant à éclater, on commence à se dégoûter d'une religion, dont ceux mêmes qui la proposent ne conviennent pas^
1. Allusion à la Chine et aux querelles des jésuites et des dominicains. C'est en 1705 que Charles de* Tournon, patriarche d'Antioche, envoyé en Chine par Clément XI, ordonna aux jésuites défaire disparaître des églises les images et les emblèmes relatifs au culte des ancêtres. L'empereur Khang-hi, excité, dit-on, par les jésuites, fit arrêter le visiteur apostolique en 1707. M. de Tournon mourut à Macao en 1710; le pape l'avait fait cardinal. On a publié, en 1762, ses Mémoires qui éclraircissent cette triste affaire.