‹ Œuvres complètes; (volume 3)Chapitre 86 sur 181 · LIVRE XXXI, CHAP. XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI, CHAP. XXXIII

Quand les fiefs étoient amovibles, on les donnoit à des gens qui étoient en état de les servir, et il n'étoit point question des mineurs. Mais, quand ils furent perpétuels, les seigneurs prirent le fief jusqu'à la majorité, soit pour augmenter leurs profits, soit pour faire élever le pupille dans l'exercice des armes \ C'est ce que nos coutumes appellent la garde-iioble, laquelle est fondée sur d'autres principes que ceux de la tutelle, et en est entièrement distincte.

Quand les fiefs étoient à vie, on se recommandoit pour un fief; et la tradition réelle, qui se faisoit par le sceptre, constatoit le fief, comme fait aujourd'hui l'hommage. Nous ne voyons pas que les comtes, ou même les envoyés du roi, reçussent les hommages dans les provinces ; et cette fonction ne se trouve pas dans les commissions de ces officiers, qui nous ont été conservées dans les capitulaires. Ils faisoient bien quelquefois prêter le serment de fidélité à tous les sujets - ; mais ce serment étoit si peu un hommage de la nature de ceux qu'on établit depuis, que, dans ces derniers, le serment de fidélité étoit une action jointe à l'hommage, qui tantôt suivoit et tantôt précédoit l'hommage, qui n'avoit point lieu dans tous les hommages, qui fut moins solennelle que l'hommage, et en étoit entièrement distincte ^

1. On voit dans le capitulaire de l'année 877, apud Caris iacum, art. 3, édit. de Baluzc, tome II, p. 269, le moment où les rois firent administrer les fiefs pour les conserver aux mineurs : exemple qui fut suivi par les seigneurs, et donna l'origine à ce que nous appelons la garde-noble. (M.)

2. On en trouve la formule dans le capitulaire II de l'an 802, Voyez aussi celui de l'an 854, art. 13 et autres. (M.)

3. M. du Gange, au mot Hominium, p. 1163, et au mot Fidelitas, p. 47i, cite les Chartres des anciens hommages, où ces différences se trouvent, et grand nombre d'autorités qu'on peut voir. Dans l'hommage, le vassal mettoit sa main dans celle du seigneur, et juroit : le serment de fidélité se

Les comtes et les envoyas du roi faisoient encore, dans les occasions, donner aux vassaux, dont la fidélité étoit suspecte, une assurance qu'on appelloit firniitas * ; mais cette assurance ne pouvoit être un hommage, puisque les rois se la donnoient entre eux -.

Que si l'abbé Suger parle d'une chaire ' de Dagobert, 011, selon le rapport de l'antiquité, les rois de France avoient coutume de recevoir les hommages des seigneurs '^, il est clair qu'il emploie ici les idées et le langage de son temps.

Lorsque les fiefs passèrent aux héritiers, la reconnoissance du vassal, qui n'étoit dans les premiers temps qu'une chose occasionnelle, devint une action réglée : elle fut faite d'une manière plus éclatante, elle fut remplie de plus de formalités, parce qu'elle devoit porter la mémoire des devoirs réciproques du seigneur et du vassal, dans tous les âges.

Je pourrois croire que les hommages commencèrent à s'établir du temps du roi Pépin, qui est le temps où j'ai dit que plusieurs bénéfices furent donnés à perpétuité : mais je le croirois avec précaution, et dans la supposition seule que les auteurs des anciennes Annales des Francs n'aient pas été des ignorants, qui, décrivant les cérémonies

faisoit en jurant sur les évangiles. L'iiommage se faisoit à genoux; le serment de fidélité debout. Il n'y avoit que le seigneur qui pût recevoir l'homniago; mais ses oflicicrs pouvoient prendre le serment de fidélité. Voyez Littleton, soct. xci et xcii. Foi et hommage, c'est fidélité et hommage. (M.)

1. Capitulaire de Cliarlos le Chauve, do l'an 800, post redilum a Conlliientibns, art. 3, édit. de Baluze, p. 1 45. (M.)

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