‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 101 sur 251 · GRANDEUR DES ROMAINS, CHAP. YIII · texte numérisé non relu

GRANDEUR DES ROMAINS, CHAP. YIII

lui donner tant d'amour, il ne l'avoit pas : il chercha donc à abaisser le consulat, à avoir des magistrats plébéiens, et à partager avec les nobles les magistratures curules. Les patriciens furent forcés de lui accorder tout ce qu'il demanda : car, dans une ville où la pauvreté étoit la ^ vertu publique ; où les richesses, cette voie sourde pour acquérir la puissance, étoient méprisées , la naissance et les dignités ne pouvoient pas donner de grands avantages. La puissance devoit donc revenir au plus grand nombre, et l'aristocratie se changer peu à peu en un état populaire.

Ceux qui obéissent à un roi sont moins tourmentés d'envie et de jalousie que ceux qui vivent dans une aristocratie héréditaire. Le prince est si loin de ses sujets, qu'il n'en est presque pas vu ; et il est si fort au-dessus d'eux, qu'ils ne peuvent imaginer aucun rapport qui puisse les choquer; mais les nobles qui gouvernent sont sous les yeux de tous, et ne sont pas si élevés, que des comparaisons odieuses ne se fassent sans cesse. Aussi a-t-on vu, de tout temps, et le voit-on encore, le peuple détester les sénateurs^ Les républiques, où la naissance ne donne aucune part au gouvernement, sont, à cet égard, les plus heureuses; car le peuple peut moins envier une autorité qu'il donne à qui il veut, et qu'il reprend à sa fantaisie.

Le peuple, mécontent des patriciens, se retira sur le mont sacré : on lui envoya des députés qui l'apaisèrent; et, comme chacun se promit secours l'un à l'autre, en cas que les patriciens ne tinssent pas les paroles données -, ce qui eût causé, à tous les instants, des séditions, et

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