Zonaras, liv. II. (M
auroit troublé toutes les fonctions des magistrats, on jugea qu'il valoit mieux créer une magistrature qui pût empêcher les injustices faites à un plébéien ^ Mais, par une maladie éternelle des hommes, les plébéiens, qui avoient obtenu des tribuns pour se défendre, s'en servirent pour attaquer; ils enlevèrent peu à peu toutes les prérogatives des patriciens : cela produisit des contestations continuelles ^ Le peuple étoit soutenu, ou plutôt animé par ses tribuns ; et les patriciens étoient défendus par le sénat, qui étoit presque tout composé de patriciens, qui étoit plus porté pour les maximes anciennes, et qui craignoit que la populace n'élevât à la tyrannie quelque tribun.
Le peuple employoit pour lui ses propres forces et sa supériorité dans les suffrages, ses refus d'aller à la guerre, ses menaces de se retirer, la partialité de ses lois, enfin ses jugements contre ceux qui lui avoient fait trop de résistance. Le sénat se défendoit par sa sagesse, sa justice et l'amour qu'il inspiroit pour la patrie ; par ses bienfaits et une sage dispensation des trésors de la république ; par le respect que le peuple avoit pour la gloire des principales familles et la vertu des grands personnages ^ ; par