‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 115 sur 251 · A. Qui fait bien voir · texte numérisé non relu

A. Qui fait bien voir

GRANDEUR Eï DÉCADENCE

et eux, de leur côté, s'obligeoient de payer aux consuls quatre cent mille sesterces, s'ils ne leur fournissoient trois augures qui déclareroient qu'ils étoient présents lorsque le peuple avoit fait la loi curiate \ quoiqu'il n'en eût point fait, et deux consulaires qui affîrmeroient qu'ils avoient assisté à la signature du sénatus-consulte qui régloit l'état de leurs provinces, quoiqu'il n'y en eût point eu. )) Que de malhonnêtes gens dans un seul contrat!

Outre que la religion est toujours le meilleur garant que l'on puisse avoir des mœurs des hommes, il y avoit ceci de particulier chez les Romains, qu'ils mêloient quelque sentiment religieux à l'amour qu'ils avoient pour leur patrie. Cette ville, fondée sous les meilleurs auspices, ce Romulus, leur roi et leur dieu, ce Gapitole, éternel comme la ville, et la ville, éternelle comme son fondateur, avoient fait autrefois, sur l'esprit des Romains, une impression qu'il eût été à souhaiter qu'ils eussent conservée.

La grandeur de l'État fit la grandeur des fortunes particulières. Mais, comme l'opulence est dans les mœurs et non pas dans les richesses, celles des Romains, qui ne laissoient pas d'avoir des bornes, produisirent un luxe et des profusions qui n'en avoient point ^ Ceux qui avoient d'abord été corrompus par leurs richesses, le furent ensuite par leur pauvreté. Avec des biens au-dessus d'une condition privée, il fut difficile d'être un bon citoyen : avec les désirs et les regrets d'une grande foitune ruinée, on

1. La loi curiate donnoit la puissance militaire ; et le sénatus-consulte régloit les troupes, l'argent, les officiers que devoit avoir le gouverneur : or les consuls, pour que tout cela fût fait à leur fantaisie, vouloient fabriquer une fausse loi et un faux sénatus-consulte. (M.)

2. La maison que Cornélie avoit achetée soixante et quinze mille drachmes, Lucullus l'acheta, peu de temps après, deux millions cinq cent mille. Piutarque, Vie de Marins. (M.)

DES ROMAINS, GHAP. X.

fut prêt à tous les attentats; et, comme dit Salluste % on vit une génération de gens qui ne pouvoient avoir de patrimoine, ni souffrir que d'autres en eussent.

Cependant, quelle que fût la corruption de Rome, tous les malheurs ne s'y étoient pas introduits : car la force de son institution avoit été telle, qu'elle avoit conservé une valeur héroïque, et toute son application à la guerre, au milieu des richesses, de la mollesse et de la volupté ; ce qui n'est, je crois, arrivé à aucune nation du monde.

Les citoyens romains - regardoient le commerce^ et les arts comme des occupations d'esclave; ils ne les exerçoient point. S'il y eut quelques exceptions, ce ne fut que de la part de quelques affranchis, qui continuoient leur première industrie. Mais, en général, ils ne connoissoient que l'art de la guerre, qui étoit la seule voie pour aller aux magistratures et aux honneurs ^ . Ainsi les vertus guerrières restèrent, après qu'on eut perdu toutes les autres.

1. Ut merito dicaiur genitos esse, qui nec ipsi habere possent res (amiliares, me alios pati. Fragment de l'histoire de Salluste, tire du livre de la Cité de Dieu, liv. II, chap. xviii. (M.)

2. A. Le peuple romain ne cultivoit point le commerce et les arts ; il les regardoit comme des occupations d'esclave. S'il y a quelques exceptions, ce n'étoient guères que quelques affranchis, qui continuoient leur première industrie, etc.

3. Romulus ne permit que deux sortes d'exercices aux gens libres : l'agriculture et la guerre. Les marchands, les ouvriers, ceux qui tenoient une maison à louage, les cabaretiers, n'étoient pas du nombre des citoyens. Denys d'Halicarnasse, liv. II. Idem, liv. IX. (M.)

4. Cicéron en donne les raisons dans ses Offices, liv. I, chap. xlii=*. (M.)

5. Il falloit avoir servi dix années, entre Tàge de seize ans et celui de quarante-sept. Voyez Polybe, liv. VI, .chap. xix. (M.)

a A. rédigo ainsi cette note : Cicéron, liv. I, ch. xlii dos Offices dit : Illibei-ales el sordidi quœslus mcreenariomm omnium, (/uomm opéra', non quorum artes emuntur; estenim illis ipm merces aucloramenlum servihuis : Les marchands, ajoute-t-il, no font aucun profit s'ils no mentent... L'agriculture est le plus beau do tous les arts, et le plus digne d'un homme libre.

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