‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 116 sur 251 · DE SYLLA. — 2. DE POMPEE ET CESAR · texte numérisé non relu

DE SYLLA. — 2. DE POMPEE ET CESAR

Je supplie qu'on me permette de détourner les yeux des horreurs des guerres de Marius et de Sylla : on en trouvera, dans Appien, l'épouvantable histoire. Outre la jalousie, l'ambition et la cruauté des deux chefs, chaque Romain étoit furieux ; les nouveaux citoyens et les anciens ne se regardoient plus comme les membres d'une même république ^ ; et l'on se faisoit une guerre, qui, par un caractère particulier, étoit en même temps civile et étrangère.

Sylla ^ fit des lois très-propres à ôter la cause des désordres que l'on avoit vus : elles augmentoient l'autorité du sénat, tempéroient le pouvoir du peuple, régloient celui des tribuns. La fantaisie qui lui fit quitter la dictature sembla rendre la vie à la république : mais, dans la

1. Comme Marius, pour se faire donner la commission de la guerre contre Mitliridatc, au préjudice de Sylla, avoit, par le secours du tribun Sulpicius, répandu les huit nouvelles tribus des peuples d'Italie dans les anciennes, ce qui'rendoit les Italiens maîtres des suffrages, ils étoient la plupart du parti de Marius, pendant que le sénat et les anciens citoyens étoient du parti de Sylla. (M.)

2. A. Sylla fit d'assez bonnes lois; il diminua la puissance des tribuns; et la modération ou la fantaisie qui lui fit quitter la dictature rétablit pour un temps le sénat; mais, dans la fureur de ses succès, il avoit fait deux choses qui, dans la suite, mirent Rome dans l'impossibilité de conserver sa liberté.

fureur de ses succès, il avoit fait des choses qui mirent Rome dans l'impossibilité de conserver sa liberté.

11 ruina S dans son expédition d'Asie, toute la discipline militaire : il accoutuma son armée aux rapines ^ , et lui donna des besoins qu'elle n'avoit jamais eus : il corrompit, une fois, des soldats qui dévoient, dans la suite, corrompre les capitaines.

11 entra dans Rome à main armée, et enseigna aux généraux romains à violer l'asile de la liberté ^

Il donna les terres des citoyens aux soldats \ et il les rendit avides pour jamais ^; car, dès ce moment, il n'y eut plus un homme de guerre qui n'attendît une occasion qui pût mettre les biens de ses concitoyens entre ses mains.

Il inventa les proscriptions, et mit à prix la tête de ceux 6 qui n'étoient pas de son parti. Dès lors, il fut impossible de s'attacher davantage à la république : car, parmi deux hommes ambitieux, et qui se disputoient la victoire, ceux qui étoient neutres, et pour Le parti de la liberté, étoient sûrs d'être proscrits par celui des deux qui seroit le vainqueur. Il étoit donc de la prudence de s'attacher à l'un des deux.

Il vint après lui, dit Cicéron % un homme ^ qui, dans

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