Historiœ augustœ scriptores. Gallieni duo
LE TEMPLE DE GNIDE
partout l'esprit des fleurs; les oiseaux y chantent sans cesse; vous diriez que les bois sont harmonieux; les ruisseaux murmurent dans les plaines; une chaleur douce fait tout éclore ; l'air ne s'y respire qu'avec la volupté.
Auprès de la ville, est le palais de Vénus ; Vulcain luimême en a bâti les fondements; il travailla pour son infidèle, quand il voulut lui faire oublier le cruel affront qu'il lui fit devant les dieux.
Il me seroit impossible de donner une idée des charmes de ce palais : il n'y a que les Grâces qui puissent décrire les choses qu'elles ont faites. L'or, l'azur, les rubis, les diamants, y brillent de toutes parts... Mais j'en peins les richesses, et non pas les beautés.
Les jardins en sont enchantés : Flore et Pomone en ont pris soin; leurs nymphes les cultivent. Les fruits y renaissent sous la main qui les cueille; les fleurs succèdent aux fruits. Quand Vénus s'y promène, entourée de ses Gnidiennes, vous diriez que, dans leurs jeux folâtres, elles vont détruire ces jardins délicieux : mais, par une vertu secrète, tout se répare en un instant.
Vénus aime à voir les danses naïves des filles de Gnide. Ses nymphes se confondent avec elles. La déesse prend part à leurs jeux; elle se dépouille de sa majesté; assise au milieu d'elles, elle voit régner dans leurs cœurs la joie et l'innocence.
On découvre de loin une grande prairie, toute parée de l'émail des fleurs. Le berger vient les cueillir avec sa bergère; mais celle qu'elle a trouvée est toujours la plus belle, et il croit que Flore l'a faite exprès.
Le fleuve Céphée arrose cette prairie, et y fait mille détours. 11 arrête les bergères fugitives : il faut qu'elles donnent le tendre baiser qu'elles avoient promis.
LE TEMPLE DE GNIDE
Lorsque les nymphes approchent de ses bords, il s'arrête; et ses flots, qui fuyoient, trouvent des flots qui ne fuient plus. Mais, lorsqu'une d'elles se baigne, il est plus amoureux encore; ses eaux tournent autour d'elle; quelquefois il se soulève pour l'embrasser mieux; il l'enlève, il fuit, il l'entraîne. Ses compagnes timides commencent à pleurer : mais il la soutient sur ses flots; et, charmé d'un fardeau si cher, il la promène sur sa plaine liquide; enfin*, désespéré de la quitter, il la porte lentement sur le rivage, et console ses compagnes.
A côté de la prairie, est un bois de myrtes dont les routes font mille détours. Les amants y viennent se conter leurs peines : l'Amour, qui les amuse, les conduit par des routes toujours plus secrètes.
Non loin de là est un bois antique et sacré, où le jour n'entre qu'à peine : des chênes, qui semblent immortels, portent au ciel une tête qui se dérobe aux yeux. On y sent une frayeur religieuse : vous diriez que c'étoit la demeure des dieux, lorsque les hommes n'étoient pas encore sortis de la terre.
Quand on a trouvé la lumière du jour, on monte une petite colline , sur laquelle est le temple de Vénus : l'univers n'a rien de plus saint ni de plus sacré que ce lieu.
Ce fut dans ce temple que Vénus vit pour la première fois Adonis : le poison coula au cœur de la déesse. Quoi! dit-elle, j'aimerois un mortel! Hélas! je sens que je l'adore. Qu'on ne m'adresse plus de vœux : il n'y a plus à Gnide d'autre dieu qu'Adonis.
Ce fut dans ce lieu qu'elle appela les Amours, lorsque