A. Jusqu'à ce qu'enfin désespéré, etc
LE TEMPLE DE GNIDE
piquée d'un défi téméraire, elle les consulta K Elle étoit en doute si elle s'exposeroit nue aux regards du berger troyen. Elle cacha sa ceinture sous ses cheveux; ses nymphes la parfumèrent; elle monta sur son char traîné par des cygnes, et arriva dans la Phrygie. Le berger balançoit entre Junon et Pallas; il la vit, et ses regards errèrent et moururent : la pomme d'or tomba aux pieds de la déesse : il voulut parler, et son désordre décida.
Ce fut dans ce temple que la jeune Psyché vint avec sa mère, lorsque l'Amour, qui voloit autour des lambris dorés, fut surpris lui-même par un de ses regards. Il sentit tous les maux qu'il fait souffrir. C'est ainsi, dit-il, que je blesse! Je ne puis soutenir mon arc ni mes flèches. Il tomba sur le sein de Psyché. Ah! dit-il, je commence à sentir que je suis le dieu des plaisirs.
Lorsqu'on entre dans ce temple, on sent dans le cœur un charme secret qu'il est impossible d'exprimer : l'âme est saisie de ces ravissements que les dieux ne sentent eux-mêmes que lorsqu'ils sont dans la demeure céleste.
Tout ce que la nature a de riant est joint à tout ce que l'art a pu imaginer de plus noble, et de plus digne des dieux.
Une main, sans doute immortelle, l'a partout orné de peintures qui semblent respirer. On y voit la naissance de Vénus ; le ravissement des dieux qui la virent ; son embarras de se voir toute nue; et cette pudeur qui est la première des grâces.
On y voit les amours de Mars et de la déesse. Le peintre a représenté le dieu sur son char, fier et même terrible : la Renommée vole autour de lui; la Peur et la
i. A. Elle les consulta avec les Grâces.
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Mort marchent devant ses coursiers couverts d'écume; il entre dans la mêlée, et une poussière épaisse commence à le dérober. D'un autre côté, oq le voit couché languissamment sur un lit de roses ; il sourit à Vénus : vous ne le reconnoissez qu'à quelques traits divins qui restent encore. Les Plaisirs font des guirlandes dont ils lient les deux amants : leurs yeux semblent se confondre ; ils soupirent; et, attentifs l'un à l'autre, ils ne regardent pas les Amours qui se jouent autour d'eux.
Il y a un appartement séparé, où le peintre a représenté les noces de Vénus et de Vulcain : toute la cour céleste y est assemblée. Le dieu paroît moins sombre, mais aussi pensif qu'à l'ordinaire. La déesse regarde d'un air froid la joie commune : elle lui donne négligemment une main, qui semble se dérober; elle retire de dessus lui des regards qui portent à peine ; et se tourne du côté des Grâces.
Dans un autre tableau, on voit Junon qui fait la cérémonie du mariage. Vénus prend la coupe, pour jurer à Vulcain une fidélité éternelle : les dieux sourient; et Vulcain l'écoute avec plaisir.
De l'autre côté, on voit le dieu impatient, qui entraîne sa divine épouse; elle fait tant de résistance, que l'on croiroit que c'est la fille de Gérés que Pluton va ravir, si l'œil qui voit Vénus pouvoit jamais se tromper.
Plus loin de là, on le voit qui l'enlève, pour l'emporter sur le lit nuptial. Les dieux suivent en foule. La déesse se débat, et veut échapper des bras qui la tiennent. Sa robe fuit ses genoux, la toile vole : mais Vulcain répare ce beau désordre, plus attentif à la cacher, qu'ardent à la ravir.
Enfin, on le voit qui vient de la poser sur le lit que l'Hymen a préparé : il l'enferme dans les rideaux; et il
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croit l'y tenir pour jamais. La troupe importune se retire : il est charmé de la voir s'éloigner. Les déesses jouent entre elles; mais les dieux paroissent tristes ; et la tristesse de Mars a quelque chose d'aussi sombre que la noire jalousie.
Charmée de la magnificence de son temple, la déesse elle-même y a voulu établir son culte : elle en a réglé les cérémonies, institué les fêtes; et elle y est, en même temps, la divinité et la prêtresse.
Le culte qu'on lui rend presque par toute la terre, est plutôt une profanation, qu'une religion. Elle a des temples où toutes les filles de la ville se prostituent en son honneur, et se font une dot des profits de leur dévotion. Elle en a * où chaque femme mariée va, une fois en sa vie, se donner à celui qui la choisit, et jette dans le sanctuaire l'argent qu'elle a reçu. Il y en a d'autres où les courtisanes de tous les pays, plus honorées que les matrones, vont porter leurs offrandes. Il y en a, enfin, où les hommes se font eunuques, et s'habillent en femmes, pour servir dans le sanctuaire ; consacrant à la déesse, et le sexe qu'ils n'ont plus, et celui qu'ils ne peuvent pas avoir.
Mais elle a voulu que le peuple de Gnide eût un culte plus pur, et lui rendît des honneurs plus dignes d'elle. Là, les sacrifices sont des soupirs, et les offrandes un cœur tendre. Chaque amant adresse ses vœux à sa maîtresse, et Vénus les reçoit pour elle.
Partout où se trouve la beauté, on l'adore comme Vénus même : car la beauté est aussi divine qu'elle.
Les cœurs amoureux viennent dans le temple; ils