‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 132 sur 251 · A. Ces deux hommes convinrent avec Octave · texte numérisé non relu

A. Ces deux hommes convinrent avec Octave

4. Leur cruauté fut si insensée, qu'ils ordonnèrent que chacun eût à se réjouir des proscriptions, sous peine de la vie. Voyez Dion. (M.)

Rome : les deux autres allèrent chercher Brutus et Cassius, et ils les trouvèrent dans ces lieux où l'on combattit trois fois pour l'empire du mondes

Brutus et Cassius se tuèrent avec une précipitation qui n'est pas excusable; et l'on ne peut lire cet endroit de leur vie sans avoir pitié de la république qui fut ainsi abandonnée. Caton s'étoit donné la mort à la fm de la tragédie ; ceux-ci la commencèrent, en quelque façon, par leur mort.

On peut donner plusieurs causes de cette coutume si générale des Romains de se donner la mort : le progrès de la secte stoïque, qui y encourageoit; l'établissement des triomphes et de l'esclavage, qui firent penser à plusieurs grands hommes qu'il ne falloit pas survivre à une défaite ; l'avantage que les accusés avoient de se donner la mort, plutôt que de subir un jugement par lequel leur mémoire devoit être flétrie et leurs biens confisqués - ; une espèce de point d'honneur, peut-être plus raisonnable que celui qui nous porte aujourd'hui à égorger notre ami pour un geste ou pour une parole ; enfin, une grande commodité pour le héroïsme, chacun faisant finir la pièce qu'il jouoit dans le monde à l'endroit où il vouloit ^.

On pourroit ajouter une grande facilité dans l'exécution : l'âme , tout occupée de l'action qu'elle va faire, du motif qui la détermine, du péril qu'elle va éviter, ne voit

1. Dans les plaines de Philippcs. On y combattit la première fois, lors de l'invasion de la Grèce par les Perses, et la seconde fois, à Pliarsale.

2. Eorum qui de se statuehant humabantur corpora, manebant testamenta, pretium festinandi. Tacite, Annales, liv. VI, ch. xxix. (M.)

3. Si Charles P"", si Jacques II avoient vécu dans une religion qui leur eût permis de se tuer, ils n'auroicnt pas eu à soutenir, l'un une telle mort, l'autre une telle vie. (M.) Cette note n'est que dans A; elle a disparu dans la seconde édition de 1734.

point proprement la mort, parce que la passion fait sentir, et jamais voir.

L'amour-propre , l'amour de notre conservation, se transforme en tant de manières, et agit par des principes si contraires, qu'il nous porte à sacrifier notre être pour l'amour de notre être; et tel est le cas que nous faisons de nous-mêmes, que nous consentons à cesser de vivre, par un instinct naturel et obscur qui fait que nous nous aimons plus que notre vie même.

Il est certain ^ que les hommes sont devenus moins libres, moins courageux, moins portés aux grandes entreprises, qu'ils n'étoient, lorsque par cette puissance qu'on prenoit sur soi-même on pouvoit, à tous les instants, échapper à toute autre puissance ^

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