‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 151 sur 251 · A : dans tout le temps de sou règne · texte numérisé non relu

A : dans tout le temps de sou règne

à honorer la nature humaine, et représenter la divine.

Il exécuta le projet de César, et fit, avec succès, la guerre aux Parthes. Tout autre auroit succombé dans une entreprise où les dangers étoient toujours présents, et les ressources éloignées, où il falloit absolument vaincre, et où il n'étoit pas sûr de ne pas périr après avoir yaincu.

La difficulté consistoit, et dans la situation des deux empires, et dans la manière de faire la guerre des deux peuples. Prenoit-on le chemin de l'Arménie, vers les sources du Tigre et de l'Euphrate? On trouvoit un pays montueux et difficile, où l'on ne pouvoit mener de convois; de façon que l'armée étoit demi ruinée avant d'arriver en Médie^ Entroit-on plus bas, vers le midi, par Nisibe? On trouvoit un désert aiïreux qui séparoit les deux empires. Vouloit-on passer plus bas encore, et aller par la Mésopotamie? On traversoit un pays en partie inculte, en partie submergé ; et le Tigre et l'Euphrate, allant du nord au midi, on ne pouvoit pénétrer dans le pays, sans quitter ces fleuves, ni guère quitter ces fleuves sans périr.

Quant à la manière de faire la guerre des deux nations, la force des Romains consistoit dans leur infanterie, la plus forte, la plus ferme, et la mieux disciplinée du monde.

Les Parthes n'avoient point d'infanterie, mais une cavalerie admirable : ils combattoient de loin, et hors de la portée des armes romaines; le javelot pouvoit rarement les atteindre : leurs armes étaient l'arc, et des flèches redoutables : ils assiégeoient une armée plutôt qu'ils ne la combattoient; inutilement poursuivis, parce que, chez

1. Le pays ne founiissoit pas d'assez grands arbres pour faire des machines pour assiéger les places. Plutarquc, Me d'Antoine. (M.)

eux, fuir c'étoit combattre : ils faisoient retirer les peuples à mesure qu'on approchoit, et ne laissoient dans les places que les garnisons*; et lorsqu'on les avoit prises, on étoit obligé de les détruire : ils brûloient avec art tout le pays autour de l'armée ennemie, et lui ôtoient jusques à l'herbe même : enfin, ils faisoient, à peu près, la guerre comme on la fait encore aujourd'hui sur les mêmes frontières.

D'ailleurs, les légions d'Illyrie et de Germanie, qu'on transportoit dans cette guerre, n'y étoient pas propres ^ : les soldats, accoutumés à manger beaucoup dans leur pays, y périssoient presque tous ^

Ainsi, ce qu'aucune nation n'avoit pas encore fait, d'éviter le joug des Romains, celle des Parthes le fît, non comme invincible, mais comme inaccessible.

Adrien abandonna les conquêtes de Trajan% et borna l'empire à l'Euphrate ; et il est admirable qu'après tant de guerres, les Romains n'eussent perdu que ce qu'ils avoient voulu quitter, comme la mer qui n'est moins étendue que lorsqu'elle se retire d'elle-même.

La conduite d'Adrien causa beaucoup de murmures. On lisoit, dans les livres sacrés des Romains, que lorsque Tarquin voulut bâtir le Gapitole, il trouva que la place la plus convenable étoit occupée par les statues de beaucoup d'autres divinités : il s'enquit, par la science qu'il avoit dans les augures, si elles voudroient céder leur place à Jupiter : toutes y consentirent, à la réserve de Mars, de

1. A : ils transportoient les peuples devant les Piomains, et ne laissoient dans les places, etc.

2. Voyez Hérodicn, Vie (V Alexandre Sévère, liv. VI, ch. xiv. (M.)

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