‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 162 sur 251 · II · texte numérisé non relu

II

demanda d'être préfet du prétoire, et on rejeta ses prières; enfin il parla pour sa vie. L'armée, dans ses divers jugements, exerçoit la magistrature suprême.

Les Barbares, au commencement inconnus aux Romains , ensuite seulement incommodes , leur étoient devenus redoutables ^ Par l'événement du monde le plus extraordinaire, Rome avoit si bien anéanti tous les peuples, que lorsqu'elle fut vaincue elle-même, il sembla que la terre en eût enfanté de nouveaux pour la détruire.

Les princes des grands États ont ordinairement peu de pays voisins qui puissent être l'objet de leur ambition ; s'il y en avoit eu de tels, ils auroient été enveloppés dans le cours de la conquête. Ils sont donc bornés par des mers, des montagnes et de vastes déserts que leur pauvreté fait mépriser. Aussi les Romains laissèrent-ils les Germains dans leurs forêt^^, et les peuples du nord dans leurs glaces ; et il s'y conserva, ou même il s'y forma des nations qui enfin les asservirent eux-mêmes.

Sous le règne de Gallus, un grand nombre de nations, qui se rendirent ensuite plus célèbres , ravagèrent l'Europe ; et les Perses, ayant envahi la Syrie, ne quittèrent leurs conquêtes que pour conserver leur butin.

Ces essaims de Barbares, qui sortirent autrefois du nord, ne paroissent plus aujourd'hui. Les violences des Romains avoient fait retirer les peuples du midi au nord : tandis que la force qui les contenoit subsista, ils y restèrent; quand elle fut affoiblie, ils se répandirent de toutes parts ^ La même chose arriva quelques siècles

1. A. Leur étaient devenus redoutables par un événement qui n'avoit jamais eu, et qui peut-être n'aura jamais de pareil. Rome, etc.

2. On voit à quoi se réduit la fameuse question : Pourquoi le nord nest plus si peuplé qu'autrefois? (M.) Conf. Lettres persanes, cxii et suivantes.

après. Les conquêtes de Gharlemagne et ses tyrannies* avoient une seconde fois fait reculer les peuples du midi au nord: sitôt que cet empire fut afToibli, ils se portèrent une seconde fois du nord au midi. Et si aujourd'hui un prince faisoit en Europe les mêmes ravages, les nations repoussées dans le nord, adossées aux limites de l'univers, y tiendroient ferme jusqu'au moment qu'elles inonderoient et conquerroient l'Europe une troisième fois^

L'affreux désordre qui étoit dans la succession à l'empire étant venu à son comble, on vit paroître sur la fm du règne de Yalérien, et pendant celui de Gallien son fils, trente prétendants divers qui, s'étant la plupart entre-détruits, ayant eu un règne très-court, furent nommés tyrans.

Yalérien ayant été pris par les Perses, et Gallien son fils négligeant les affaires, les Barbares pénétrèrent partout ; l'empire se trouva dans cet état où il fut, environ un siècle après, en occident"'; et il auroit dès lors été détruit, sans un concours heureux de circonstances qui le relevèrent.

Odenat, prince de Palmyre, allié des Piomains, chassa les Perses, qui avoient envahi presque toute l'Asie. La ville de Rome fit une armée de ses citoyens, qui écarta les Barbares qui venoient la piller. Une armée innombrable de Scythes, qui passoit la mer avec six mille vaisseaux, périt par les naufrages, la misère, la faim, et sa grandeur même. Et, Gallien- ayant été tué, Claude, Auré-

\. Ses violences.

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