II
GRANDEUR Eï DÉCADENCE
toient contre une seule avec les avantages de toutes les autres.
Il est singulier que les nations les plus foibles aient été celles qui firent de plus grands établissements. On se tromperoit beaucoup si l'on jugeoit de leurs forces par leurs conquêtes. Dans cette longue suite d'incursions, les peuples barbares, ou plutôt les essaims sortis d'eux, détruisoient ou étoient détruits ; tout dépendoit des circonstances : et, pendant qu'une grande nation étoit combattue ou arrêtés, une troupe d'aventuriers qui trouvoient un pays ouvert, y faisoient des ravages effroyables. Les Goths que le désavantage de leurs armes fit fuir devant tant de nations, s'établirent en Italie, en Gaule et en Espagne ; les Vandales, quittant l'Espagne par foiblesse, passèrent en Afrique où ils fondèrent un grand empire ^
Justinien ne put équiper contre les Vandales que cinquante vaisseaux; et, quand Bélisaire débarqua, il n'avoit que cinq mille soldats'-^. G' étoit une entreprise bien hardie ; et Léon, qui avoit autrefois envoyé contre eux une flotte composée de tous les vaisseaux de l'Orient, sur laquelle il avoit cent mille hommes, n'avoit pas conquis l'Afrique, et avoit pensé perdre l'empire.
Ges grandes flottes, non plus que les grandes armées de terre, n'ont guère jamais réussi. Comme elles épuisent un État, si l'expédition est longue, ou que quelque malheur leur arrive, elles ne peuvent être secourues ni réparées : si une partie se perd, ce qui reste n'est rien, parce que les vaisseaux de guerre, ceux de transport, la cavalerie, l'infanterie, les munitions, enfin les diverses parties,