Voyez Suidas, à l'article Bélisaire. (M
m GRANDEUR ET DÉCADENCE
L'eunuque Narsès fut encore donné à ce règne pour le rendre illustre. Élevé dans le palais, il avoit plus la confiance de l'empereur ; car les princes regardent toujours leurs courtisans comme leurs plus fidèles sujets.
Mais la mauvaise conduite de Justinien, ses profusions, ses vexations, ses rapines, sa fureur de bâtir, de changer, de réformer, son inconstance dans ses desseins, un règne dur et foible, devenu plus incommode par une longue vieillesse, furent des malheurs réels, mêlés à des succès inutiles, et une gloire vaine.
Ces conquêtes, qui avoient pour cause non la force de l'empire, mais de certaines circonstances particulières, perdirent tout : pendant qu'on y occupoit les armées, de nouveaux peuples passèrent le Danube, désolèrent l'Illyrie, la Macédoine et la Grèce; et les Perses, dans quatre invasions, firent à l'Orient des plaies incurables ^
Plus ces conquêtes furent rapides, moins elles eurent un établissement solide : l'Italie et f Afrique furent à peine conquises, qu'il fallut les reconquérir.
Justinien avoit pris sur le théâtre une femme qui s'y étoit longtemps prostituée -; elle le gouverna avec un empire qui n'a point d'exemple dans les histoires; et, mettant sans cesse dans les affaires les passions et les fantaisies de son sexe, elle corrompit les victoires et les succès les plus heureux.
En Orient, on a, de tout temps, multiplié l'usage des femmes, pour leur ôter l'ascendant prodigieux qu'elles ont sur nous dans ces climats : mais à Consteantinople, la
1. Les deux empires se ravagèrent d'autant plus, qu'on n'espéroit pas conserver ce qu'on avoit conquis. (M.)