GRANDEUR DES ROMAINS, GIIAP. XXI
(( Nous savons, disoit un ambassadeur de Hormisdas ^ que ies Romains sont occupés à plusieurs guerres, et ont à combattre contre presque toutes les nations : ils savent, au contraire, que nous n'avons de guerre que contre eux ».
Autant que les Romains avoient négligé l'art militaire, autant les Perses l'avoient-ils cultivé. « Les Perses, disoit Bélisaire à ses soldats, ne vous surpassent point en courage ; ils n'ont sur vous que l'avantage de la discipline. »
Ils prirent, dans les négociations, la même supériorité que dans la guerre. Sous prétexte qu'ils tenoient une garnison aux portes Caspiennes, ils demandoient un tribut aux Romains, comme si chaque peuple n'avoit pas ses frontières à garder : ils se faisoient payer pour la paix, pour les trêves, pour les suspensions d'armes, pour le temps qu'on employoit à négocier, pour celui qu'on avoit passé à faire la guerre.
Les Avares ayant traversé le Danube, les Romains, qui, la plupart du temps, n'avoient point de troupes à leur opposer, occupés contre les Perses lorsqu'il auroit fallu combattre les Avares, et contre les Avares quand il auroit fallu arrêter les Perses, furent encore forcés de se soumettre à un tribut; et la majesté de l'empire fut flétrie chez toutes les nations.
Justin, Tibère et Maurice, travaillèrent avec soin à défendre l'empire : ce dernier avoit des vertus, mais elles étoicnt ternies par une avarice presque inconcevable dans un grand prince.
Le roi des Avares offrit à Maurice de lui rendre les
1. Ambassades do Mûnandro. Hormisdas IV, roi des Perses, régna (le l'an 579 à 502.
prisonniers qu'il avoit faits, moyennant une demi-pièce d'argent par tête; sur son refus, il les fit égorger. L'armée romaine indignée se révolta; et les verds s'étant soulevés en même temps, un centenier, nommé Phocas, fut élevé à l'empire, et fit tuer Maurice et ses enfants.
L'histoire de l'empire grec, c'est ainsi que nous nommerons dorénavant l'empire romain, n'est plus qu'un tissu de révoltes, de séditions et de perfidies. Les sujets n'avoient pas seulement l'idée de la fidélité que l'on doit aux princes : et la succession des empereurs fut si interrompue, que le titre de Porphyrogénète, c'est-à-dire, né dans l'appartement où accouchoient les impératrices, fut un titre distinctif que peu de prince des diverses familles impériales purent porter.
Toutes les voies furent bonnes pour parvenir à l'empire : on y alla par les soldats, par le clergé, par le sénat, par les paysans, par le peuple de Constantinople, par celui des autres villes K
La religion chrétienne étant devenue dominante dans l'empire, il s'éleva successivement plusieurs hérésies qu'il fallut condamner. Arius ayant nié la divinité du Verbe ; les Macédoniens, celle du Saint-Esprit ; Nestorius, l'unité de la personne de Jésus-Christ; Eutychès, ses deux natures; les monothélites, ses deux volontés, il fallut assembler des conciles contre eux : mais les décisions n'en ayant pas été d'abord universellement reçues, plusieurs empereurs séduits revinrent aux erreurs condamnées. Et, comme il n'y a jamais eu de nation qui ait porté une haine si violente aux hérétiques que les Grecs, qui se croyoient souillés lorsqu'ils parloient à un hérétique ou