A : par celui des villes de province
habitoient avec lui, il arriva que plusieurs empereurs perdirent l'afTection de leurs sujets; et les peuples s'accoutumèrent à penser que des princes, si souvent rebelles à Dieu, n'avoient pu être choisis par la Providence pour les gouverner.
Une certaine opinion, prise de cette idée qu'il ne falloit pas répandre le sang des chrétiens, laquelle s'établit de plus en plus lorsque les mahométans eurent paru, fit que les crimes qui n'intéressoient pas directement la religion furent foiblement punis : on se contenta de crever les yeux, ou de couper le nez ou les cheveux, ou de mutiler de quelque manière ceux qui avoient excité quelque révolte, ou attenté à la personne du prince^ : des actions pareilles purent se commettre sans danger, et même sans courage.
Un certain respect pour les ornements impériaux fit que l'on jeta d'abord les yeux sur ceux qui osèrent s'en revêtir. G'étoit un crime de porter ou d'avoir chez soi des étoffes de pourpre; mais dès qu'un homme s'en vêtissoit, il étoit d'abord suivi, parce que le respect étoit plus attaché à l'habit qu'à la personne.
L'ambition étoit encore irritée par l'étrange manie de ces temps-là, n'y ayant guère d'homme considérable qui n'eût, par devers lui, quelque prédiction qui lui promettoit l'empire.
Gomme les maladies de l'esprit ne se guérissent ^uère -, l'astrologie judiciaire, et l'art de prédire par les objets vus dans l'eau d'uu bassin, avoient succédé, chez les chrétiens, aux divinations par les entrailles des vic-
1. Zenon contribua beaucoup à établir ce relâchement. \oyQi MalchuS; Histoire byzantine, dans V Extrait des ambassades. (M.) '2. Voyez Nicctas, Vie d'Andronic Comnène. (M.)
times ou le vol des oiseaux, abolies avec le paganisme. Des promesses vaines furent le motif de la plupart des entreprises téméraires des particuliers, comme elles devinrent la sagesse du conseil des princes.
Les malheurs de l'empire croissant tous les jours, on fut naturellement porté à attribuer les mauvais succè dans la guerre, et les traités honteux dans la paix, à la mauvaise conduite de ceux qui gouvernoient.
Les révolutions mêmes firent les révolutions, et l'effet devint lui-même la cause. Comme les Grecs avoient vu passer successivement tant de diverses familles sur le trône, ils n'étoient attachés à aucune ; et la fortune ayant pris des empereurs dans toutes les conditions, il n'y avoit pas de naissance assez basse, ni de mérite si mince, qui pût ôter l'espérance.
Plusieurs exemples reçus dans la nation en formèrent l'esprit général, et firent les mœurs, qui régnent aussi impérieusement que les lois.
11 semble que les grandes entreprises soient, parmi nous, plus difficiles à mener que chez les anciens. On ne peut guère les cacher^; parce que la communication est telle aujourd'hui entre les nations, que chaque prince a des ministres dans toutes les cours, et peut avoir des traîtres dans tous les cabinets.
L'invention des postes fait que les nouvelles volent et arrivent de toutes parts.
Comme les grandes entreprises ne peuvent se faire sans argent, et que, depuis l'invention des lettres de change, les négociants en sont les maîtres, leurs afl'aires