A. Divisés et affoiblis
Ce feu fut mis au rang des secrets de l'État; et Constantin Porphyrogénète^dans son ouvrage dédié à Romain, son fils, sur l'administration de l'empire, l'avertit que, lorsque les Barbares lui demanderont du feu grégeois \ il doit leur répondre qu'il ne lui est pas permis de leur en donner, parce qu'un ange, qui l'apporta à l'empereur Constantin, défendit de le communiquer aux autres nations, et que ceux qui avoient osé le faire, avoient été dévorés par le feu du ciel dès qu'ils étoient entrés dans l'église.
Constantinople faisoit le plus grand et presque le seul commerce du monde, dans un temps où les nations gothiques ^ d'un côté, et les Arabes de l'autre, avoient ruiné le commerce et l'industrie partout ailleurs. Les manufactures de soie y avoient passé de Perse; et, depuis l'invasion des Arabes, elles furent fort négligées dans la Perse même : d'ailleurs, les Grecs étoient maîtres de la mer. Cela mit dans l'État d'immenses richesses; et, par conséquent, de grandes ressources; et, sitôt qu'il eut quelque relâche, on vit d'abord reparoître la prospérité publique.
En voici un grand exemple. Le vieux Andronic Comnène étoit le Néron des Grecs : mais comme, parmi tous ses vices ^, il avoit une fermeté admirable pour empêcher les injustices et les vexations des grands, on remarqua que ^, pendant trois ans qu'il régna, plusieurs provinces se rétablirent.