Histoire d'Alexis, son père, liv. X et XI. (M
de nos étourcleries, et trouvèrent partout des esprits que nous avions révoltés ^
Enfin, la haine fut portée au dernier comble; et, quelques mauvais traitements faits à des marchands vénitiens, l'ambition, l'avarice, un faux zèle, déterminèrent les Français et les Vénitiens à se croiser contre les Grecs.
Ils les trouvèrent aussi peu aguerris que, dans ces derniers temps, les Tartares trouvèrent les Chinois. Les François se moquoient de leurs habillements efféminés; ils se promenoient dans les rues de Gonstantinople, revêtus de leurs robes peintes; ils portoient à la main une écritoire et du papier, par dérision pour cette nation, qui avoit renoncé à la profession des armes-; et, après la guerre, ils refusèrent de recevoir dans leurs troupes quelque Grec que ce fût.
Ils prirent toute la partie d'Occident, et y élurent empereur le comte de Flandres, dont les États éloignés ne pouvoient donner aucune jalousie aux Italiens. Les Grecs se maintinrent dans l'Orient, séparés des Turcs par les montagnes, et des Latins par la mer.
Les Latins, qui n'avoient pas trouvé d'obstacles dans leurs conquêtes, en ayant trouvé une infinité dans leur établissement, les Grecs repassèrent d'Asie en Europe, reprirent Gonstantinople et presque tout l'Occident.
Mais ce nouvel empire ne fut que le fantôme du premier, et n'en eut ni les ressources ni la puissance.
11 ne posséda guère, en Asie, que les provinces qui sont en deçà du Méandre et du Sangare : la plupart de celles d'Europe furent divisées en de petites souverainetés.