‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 237 sur 251 · Les aruspices · texte numérisé non relu

Les aruspices

POLITIQUE DES ROMAINS

affaires publiques sans la permission des magistrats ; leur art étoit absolument subordonné à la volonté du sénat; et cela avoit été ainsi ordonné par les livres des pontifes, dont Gicéron nous a conservé quelques fragments ^

Polybe met la superstition au rang des avantages que le peuple romain avoit par-dessus les autres peuples : ce qui paroît ridicule aux sages est nécessaire pour les sots ; et ce peuple, qui se met si facilement en colère, a besoin d'être arrêté par une puissance invincible.

Les augures et les aruspices étoient proprement les grotesques du paganisme^ ; mais on ne les trouvera point ridicules, si on fait réflexion que, dans une religion toute populaire comme celle-là, rien ne paroissoit extravagant : la crédulité du peuple réparoit tout chez les Romains : plus une chose étoit contraire à la raison humaine, plus elle leur paroissoit divine. Une vérité simple ne les auroit pas vivement touchés : il leur falloit des sujets d'admiration, il leur falloit des signes de la divinité; et ils ne les trouvoient que dans le merveilleux et le ridicule.

^G'étoit à la vérité une chose très-extravagante de faire dépendre le salut de la république de l'appétit sacré d'un poulet et de la disposition des entrailles des victimes : mais ceux qui introduisirent ces cérémonies en connoissoient bien le fort et le foible, et ce ne fut que par de

1. De leg., lib. II, p. 441, t. IV, éd. de Denis Godefroy, 1587 ; Bella disceptanto : prodigia, portenta, ad Etruscos et aruspices. si seimtus jusserit, deferunto. Et même livre, p. 440 : Sacerdotiim duo geuera sunto : iinum, quod prœsit cœrimoniis et sacris: alterum, quod interpretetur fatidicorum et vatum effata incognita, ciun senatus populusque adsciverit. (M.)

2. L'idée qu'on peat trouver un signe de la volonté des dieux dans le vol des oiseaux ou dans les entrailles des animaux a été, comme Tastrologie judiciaire, une des faiblesses de l'esprit humain. Mais on se trompe du tout au tout en voyant dans cette crédulité une comédie politique.

DANS LA RELIGION

bonnes raisons qu'ils péchèrent contre la raison même ^ Si ce culte avoit été plus raisonnable, les gens d'esprit en auroient été la dupe aussi bien que le peuple, et par là on auroit perdu tout l'avantage qu'on en pouvoit attendre : il falloit donc des cérémonies qui pussent entretenir la superstition des uns, et entrer dans la politique des autres ^ : c'est ce qui se trouvoit dans les divinations. On y mettoit les arrêts du ciel dans la bouche des principaux sénateurs, gens éclairés, et qui connoissoient également le ridicule et l'utiRté des divinations.

Cicéron dit^ que Fabius, étant augure, tenoit pour règle que ce qui étoit avantageux à la république se faisoit toujours sous de bons auspices. Il pense, comme MarcellusS que, quoique la crédulité populaire eût établi au commencement les augures, on en avoit retenu l'usage pour l'utilité de la république; et il met cette différence entre les Romains et les étrangers, que ceux-ci s'en servoient indifféremment dans toutes les occasions, et ceux-là seulement dans les affaires qui regardoient l'intérêt public. Cicéron^ nous apprend que la foudre tombée du côté gauche étoit d'un bon augure, excepté dans les assemblées du peuple, prœterquam ad comitia. Les règles de l'art cessoient dans cette occasion : les magistrats y

1. La croyance que raille Montesquieu remontait aux origines de la civilisation étrusque, et n'est aucunement Tinvention de quelques beaux esprits.

2. La politique n'est venue qu'à la fin de la République; elle a suivi l'incrédulité. Mais on ne peut juger de la religion romaine par ce qu'en peasoient Varron ou Cicéron.

3. Optimis auspiciis ea geri, quœ pro reipublicœ salute gererentur : quœ contra rempublicam fièrent, contra auspicia fieri.De senectute, p.5i2. (M.)

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