Ibid., p. 395. M
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jugeoient à leur fantaisie de la bonté des auspices, et ces auspices étoient une bride avec laquelle ils menoient le peuple, Cicéron ajoute : Hoc instilulum reipuhlicœ cmisâ esty ut comitiorum^ vel in jure legum, vel in judiciis populi^ vel in creandis ^nagistratihus^ principes civilatis essent interprètes^ . 11 avoit dit auparavant qu'on lisoit dans les livres sacrés : Jove tonante et fulgurante, comitia populi habere nefas esse-. Cela avoit été introduit, dit-il, pour fournir aux magistrats un prétexte de rompre les assemblées du peuple ^ Au reste, il étoit indifférent que la victime qu'on immoloit se trouvât de bon ou de mauvais augure; car lorsqu'on n'étoit pas content de la première, on en immoloit une seconde, une troisième, une quatrième, qu'on appeloit hostiœ succedaneœ. Paul Emile voulant sacrifier fut obligé d'immoler vingt victimes : les dieux ne furent apaisés qu'à la dernière, dans laquelle on trouva des signes qui promettoient la victoire. C'est pour cela qu'on avoit coutume de dire que, dans les sacrifices, les dernières victimes valoient toujours mieux que les premières. César ne fut pas si patient que Paul Emile : ayant égorgé plusieurs victimes, dit Suétone S sans en trouver de favorables, il quitta les autels avec mépris, et entra dans le sénat.
Comme les magistrats se trouvoient maîtres des présages, ils avoient un moyen sùr pour détourner le peuple d'une guerre qui auroit été funeste, ou pour lui en faire
1. De divinalione, lib. II, p. 395. (M.) '1. Ibid., p. 338. (M.)
3. Hoc reipuhlicœ causâ constiiutiim : coinilionim enim non habendorum causas esse voluerunt. Ibid. (M.)
4. Pluribus hostiis cœsis. cum litare non posset, introiit curiam, spretâ religione. în Jul. Cœs., lib. I, cap. lxxx. (M.)
DANS LA RELIGION
entreprendre une qui auroit pu être utile. Les devins, qui suivoient toujours les armées, et qui étoient plutôt les interprètes du général que des dieux, inspiroient de la confiance aux soldats. Si par hasard quelque mauvais présage avoit épouvanté l'armée, un habile général en convertissoit le sens et se le rendoit favorable ; ainsi Scipion, qui tomba en sautant de son vaisseau sur le rivage d'Afrique, prit de la terre dans ses mains : « Je te tiens, dit-il, ô terre d'Afrique! » Et par ces mots il rendit heureux un présage qui avoit paru si funeste.
Les Siciliens, s'étant embarqués pour faire quelque expédition en Afrique, furent si épouvantés d'une éclipse de soleil, qu'ils étoient sur le point d'abandonner leur entreprise; mais le général leur représenta « qu'à la vérité cette éclipse eût été de mauvais augure si elle eût paru avant leur embarquement, mais que, puisqu'elle n'avoit paru qu'après, elle ne pouvoit menacer que les Africains ». Par là il fit cesser leur frayeur, et trouva, dans un sujet de crainte, le moyen d'augmenter leur courage.
César fut averti plusieurs fois par les devins de ne point passer en Afrique avant f hiver. 11 ne les écouta pas, et prévint par là ses ennemis, qui, sans cette diligence, auroient eu le temps de réunir leurs forces.
Grassus, pendant un sacrifice, ayant laissé tomber son couteau des mains, on en prit un mauvais augure ; mais il rassura le peuple en lui disant : u Bon courage! au moins mon épée ne m'est jamais tombée des mains. »
Lucullus étant près de donner bataille à Tigrane, on vint lui dire que c'étoit un jour malheureux : « Tant mieux, dit-il, nous le rendrons heureux par notre victoire. »
ïarquin le Superbe, voulant établir des jeux en l'hon-
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neur de la déesse Mania, consulta l'oracle d'Apollon, qui répondit obscurément, et dit qu'il falloit sacrifier têtes pour têtes, capitihus pro capitibus supplicandum. Ce prince, plus cruel encore que superstitieux, fit immoler des enfants; mais Junius Brutus changea ce sacrifice horrible ; car il le fit faire avec des têtes d'ail et de pavot, et par là remplit ou éluda l'oracle ^
On coupoit le nœud gordien quand on ne pouvoir pas le délier; ainsi Claudius Pulcher, voulant donner un combat naval, fit jeter les poulets sacrés à la mer, afin de les faire boire, disoit-il, puisqu'ils ne vouloient pas manger-.
Il est vrai qu'on punissoit quelquefois un général de n'avoir pas suivi les présages ; et cela même étoit un nouvel effet de la politique des Romains. On vouloit faire voir au peuple que les mauvais succès, les villes prises, les batailles perdues, n'étoient point l'effet d'une mauvaise constitution de l'État, ou de la foiblesse de la république, mais de l'impiété d'un citoyen, contre lequel les dieux étoient irrités. Avec cette persuasion, il n'étoit pas difficile de rendre la confiance au peuple; il ne falloit pour cela que quelques cérémonies et quelques sacrifices. Ainsi, lorsque la ville étoit menacée ou affligée de quelque malheur, on ne manquoit pas d'en chercher la cause, qui étoit toujours la colère de quelque dieu dont on avoit négligé le culte : il suffisoit, pour s'en garantir, de faire des sacrifices et des processions, de purifier la ville avec * des torches, du soufre et de l'eau salée. On faisoit faire à la victime le tour des remparts avant de l'égorger, ce qui s'appeloit sacrificiwn amhurhhim^ et amhurhiale. On