‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 240 sur 251 · De civit. Dei, lib. IV, cap. xxxi. (M · texte numérisé non relu

De civit. Dei, lib. IV, cap. xxxi. (M

i. Adeone me delirare censés ut ista credam. (M.)

368 POLITIQUE DES ROMAINS

et de l'austérité cle Gaton. Je n'aurois jamais fait, si je voulois épuiser tous les exemples.

Quoique les magistrats ne donnassent pas dans la religion du peuple, il ne faut pas croire qu'ils n'en eussent point. M. Gudwortli ^ a fort bien prouvé que ceux qui étoient éclairés parmi les païens adoroient une divinité suprême, dont les divinités du peuple n'étoient qu'une participation. Les païens, très-peu scrupuleux dans le culte, croyoient qu'il étoit indifférent d'adorer la divinité même, ou les manifestations de la divinité; d'adorer, par exemple, dans Vénus, la puissance passive de la nature, ou la divinité suprême, en tant qu'elle est susceptible de toute génération; de rendre un culte au soleil, ou à l'Etre suprême, en tant qu'il anime les plantes et rend la terre féconde par sa chaleur. Ainsi le stoïcien Balbus dit, dans Cicéron-, (( que Dieu participe, par sa nature, à toutes les choses d'ici-bas; qu'il est Gérés sur la terre, Neptune sur les mers ». Nous en saurions davantage si nous avions le livre qu'Asclépiade composa, intitulé l'Harmonie de toutes les théologies.

Gomme le dogme de l'âme du monde étoit presque universellement reçu, et que l'on regardoit chaque partie de l'univers comme un membre vivant dans lequel cette âme étoit répandue, il sembloit qu'il étoit permis d'adorer indifféremment toutes ces parties, et que le culte devoit être arbitraire comme étoit le dogme.

1. Cudworth, philosophe anglais (1G17-1088), a laissé un Traité sur le caractère éternel et immuable de la morale. C'est sans doute à cet ouvrage que Montesquieu fait allusion.

2. Deus pertinens per naturam cujusque rei,per terras Ceres, per maria Neptunus, alii per alla, poierunt intelligi: qui qualesque sint, quoque eos nomine consuetudo nuncupaverit, hos deos et venerari et colère debemus. De nat. deoruni, lib. II, cap. xxvni, p. 210. (M.)

DANS LA RELIGION

Voilà d'où étoit né cet esprit de tolérance et de douceur qui régnoit dans le monde païen : on n'avoit garde de se persécuter et de se déchirer les uns les autres; toutes les religions, toutes les théologies, y étoient également bonnes : les hérésies, les guerres et les disputes de religion y étoient inconnues; pourvu qu'on allât adorer au temple, chaque citoyen étoit grand pontife dans sa famille.

Les Romains étoient encore plus tolérants que les Grecs, qui ont toujours gâté tout^ : chacun sait la malheureuse destinée de Socrate.

Il est vrai que la religion égyptienne fut toujours proscrite à Rome : c'est qu'elle étoit intolérante, qu'elle vouloit régner seule, et s'établir sur les débris des autres ; de manière que l'esprit de douceur et de paix qui régnoit chez les Romains fut la véritable cause de la guerre qu'ils lui firent sans relâche. Le sénat ordonna d'abattre les temples des divinités égyptiennes ; et Valère Maxime ^ rapporte, à ce sujet, qu'Émilius Paul us donna les premiers coups, afin d'encourager par son exemple les ouvriers frappés d'une crainte superstitieuse.

Mais les prêtres de Sérapis et d'Isis avoient encore plus de zèle pour établir ces cérémonies qu'on n'en avoit à Rome pour les proscrire. Quoique Auguste, au rapport de Dion^ en eut défendu l'exercice dans Rome, Agrippa, qui commandoit dans la ville en son absence, fut obligé de le défendre une seconde fois. On peut voir, dans Tacite et dans Suétone, les fréquents arrêts que le sénat fut obligé de rendre pour bannir ce culte de Rome.

1. C'est un jugement bien sévère. Montesquieu est revenu à des idées plus justes sur les Grecs.

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