‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 243 sur 251 · Liv. I, chap. xxiv. (M · texte numérisé non relu

Liv. I, chap. xxiv. (M

DANS LA RELIGION. 373

malOj qu'il prie Jupiter de le frapper comme il va frapper le cochon qu'il tenoit dans ses mains ; » et aussitôt il l'abattit d'un coup de caillou.

Avant de commencer la guerre, on envoyoit un de ces fécialiens faire ses plaintes au peuple qui avoit porté quelque dommage à la république. Il lui donnoit un certain temps pour se consulter, et pour chercher les moyens de rétablir la bonne intelligence; mais, si on négligeoit de faire l'accommodement, le fécialien s'en retournoit et sortoit des terres de ce peuple injuste, après avoir invoqué contre lui les dieux célestes et ceux des enfers : pour lors le sénat ordonnoit ce qu'il croyoit juste et pieux. Ainsi les guerres ne s'entreprenoient jamais à la hâte, et elles ne pouvoient être qu'une suite d'une longue et mûre délibération.

La politique qui régnoit dans la religion des Romains se développa encore mieux dans leurs victoires. Si la superstition avoit été écoutée, on auroit porté chez les vaincus les dieux des vainqueurs ^ : on auroit renversé leurs temples; et, en établissant un nouveau culte, on leur auroit imposé une servitude plus rude que la première. On fit mieux : Rome se soumit elle-même aux divinités étrangères, elle les reçut dans son sein ; et, par ce lien, le plus fort qui soit parmi les hommes, elle s'attacha des peuples qui la regardèrent plutôt comme le sanctuaire de la religion que comme la maîtresse du monde.

Mais, pour ne point multiplier les êtres, les Romains, à l'exemple des Grecs, confondirent adroitement les divinités étrangères avec les leurs : s'ils trouvoient dans leurs

1. Non, car on aurait ainsi fait des dieux romains les protecteurs des vaincus.

POLITIQUE DES ROMAINS

conquêtes un dieu qui eût du rapport à quelqu'un de ceux qu'on adoroit à Rome, ils l'adoptoient, pour ainsi dire, en lui donnant le nom de la divinité romaine, et lui accordoient, si j'ose me servir de cette expression, le droit de bourgeoisie dans leur ville. Ainsi, lorsqu'ils trouvoient quelque héros fameux qui eût purgé la terre de quelque monstre, ou soumis quelque peuple barbare, ils lui donnoient aussitôt le nom d'Hercule, a Nous avons percé jusqu'à l'Océan, dit Tacite S et nous y avons trouvé les colonnes d'Hercule; soit qu'Hercule y ait été, soit que nous ayons attribué à ce héros tous les faits dignes de sa gloire. 3)

Varron a compté quarante-quatre de ces dompteurs de monstres; Cicéron-n'en a compté que six, vingt- deux Muses, cinq Soleils, quatre Vulcains, cinq Mercures, quatre Apollons, trois Jupiters.

Eusèbe va plus loin ^ : il compte presque autant de Jupiters que de peuples.

Les Romains, qui n'avoient proprement d'autre divinité que le génie de la république, ne faisoient point d'attention au désordre et à la confusion qu'ils jetoient dans la mythologie : la crédulité des peuples, qui est toujours au-dessus du ridicule ei de l'extravagant, réparoit tout.

L Ipsum quinetiam Oceanum illa tentavimus : et superesse adhuc Herculis columnas fama vuJgavit, sive adiit Hercules, seu quiclquid ubique magnificum est, iu claritatem ejus referre consensimus. De moribus Germanorum, cap. xxxiv.(M.)

2. De natura Deorum, lib. III, cap. xvi, p. 332; cap. xxt, p. 340; cap. XXII, p. 341 ; cap. xxiii, ibid. (M.)

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