‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 42 sur 251 · CHANT SECOND · texte numérisé non relu

CHANT SECOND

A Gnide il est un antre aux nymphes consacré ;

L'amant sur ses destins en revient éclairé ;

On n'y voit point trembler la terre mugissante,

Sur le front pâlissant se dresser les cheveux,

Et sur le trépied d'or la prêtresse écumante

S'agiter en fureur à la voix de ses dieux.

"Vénus prête aux humains une oreille indulgente.

Sans tromper de leurs cœurs les soupçons ou les vœux.

Une fille de Crète aborda l'immortelle :

Des flots d'adorateurs s'empressaient autour d'elle :

A l'oreille de l'un elle parlait tout bas;

Elle accordait à l'autre un souris plein de charmes;

Sur un troisième encore elle appuyait son bras.

0 ciel ! que dans la foule elle causa d'alarmes !

Combien elle était belle et parée avec art!

Sa voix était perfide, ainsi que son regard :

D'une divinité la démarche est moins fière

Mais Vénus lui cria : Sors de mon sanctuaire ; Oses- tu bien porter ton manège imposteur Jusqu'aux lieux où l'amour règne avec la candeur? Je veux qu'à ta beauté ce même orgueil survive. Je te laisse ton cœur et détruis tes appas ; Les hommes te fuiront comme une ombre plaintive; Et le mépris vengeur, attaché sur tes pas, Poursuivra, chez les morts, ton âme fugitive. Fléau de ses amants, riche de leurs débris, Des murs de Nocrétis vint une courtisane. Quel faste était le sien ! de sa flamme profane, Avec un front superbe, elle étalait le prix.

LE TEMPLE DE GNIDE

Crois-tu, dit la déesse, honorer ma puissance? Ton cœur ressemble au fer : dans ton indifférence, Mon fils même, oui, mon fils ne saurait t'enchaîner Au lâche qui t'appelle et va t'abandonner. D'un charme séducteur tu montres l'apparence : Ta beauté, dont tu vends la froide jouissance, Promet bien le plaisir, mais ne peut le donner... Fuis, porte loin de moi ton culte qui m'offense. Un homme riche et fier vint, quelque temps après ; Il levait des tributs pour le roi de Lydie, Et s'était chargé d'or, espérant qu'à grands frais Il pourrait s'enflammer une fois en sa vie. J'ai bien, lui dit Vénus, la vertu de charmer. Mais je ne puis répondre à ce que tu souhaites : Tu prétends acheter la beauté pour l'aimer; Mais tu ne l'aimes point, puisqu'enfin tu l'achètes. Ton or ne va servir qu'à t'ôter pour jamais- Le goût délicieux des plus charmants objets.

Aristée arriva des champs de la Doride.

Il avait vu Camille aux campagnes de Gnide;

Il en était épris, et, tout brûlant de feux.

Il venait demander de l'aimer encor mieux.

La déesse lui dit : Je connais bien ton âme :

Tu sais aimer; Camille est digne de ta flamme :

J'aurais pu la placer sur le trône d'un roi,

Mais un simple berger mérite mieux sa foi.

Je vins aussi, tenant la main de ma Thémire.

La déesse nous dit : Jamais, dans mon empire,

Je n'ai vu deux mortels plus soumis à ma loi.

Mais que pourrais-je faire? En vain je voudrais rendi'e

Thémire plus charmante, et son ami plus tendre. —

Ah! lui dis-je, j'attends mille grâces de toi.

Fais que dans chaque objet mon image tracée,

De Thémire sans cesse amuse la pensée ;

Qu'elle dorme et s'éveille en ne pensant qu'à moi ;

Qu'absent elle m'espère, et, présent, craigne encore

Le douloureux moment qui doit nous séparer :

LE TEMPLE DE GNIDE

Fais que Thémire, enfin, du soir jusqu'à l'aurore, S'occupe de me voir ou de me désirer.

Gnide alors célébrait des fêtes solennelles,

Dont le spectacle attire une foule de belles :

Ce peuple ambitieux accourt de toutes parts,

Pour disputer le prix et fixer les regards.

A leur cercle élégant la déesse préside,

Et son choix, d'un coup d'œil, entr'elles se décide.

Des remparts de Corinthe il vint trente beautés, Dont les cheveux tombaient en boucles ondoyantes : Dix autres, qui n'avaient que des grâces naissantes. Venaient de Salamine, et comptaient treize étés. Les filles de Lesbos se disaient l'une à l'autre : Mon cœur est tout ému, depuis que je vous voi]: Vénus, si votre aspect l'enchante autant que moi, Parmi tant de beautés, doit couronner la vôtre.

Milet avait fourni les plus rares trésors ;

Cinquante objets, plus frais qu'une rose nouvelle,

De la perfection présentaient le modèle.

Mais les dieux, ne cherchant qu'à former de beaux corp

Manquèrent d'y placer la grâce encor plus belle.

Chypre avait envoyé cent femmes au concours. Elles disaient : Vénus a reçu nos prémices; Au pied de ses autels nous passons nos beaux jour Et d'un scrupule vain, qui s'alarme toujours, Nos charmes, sans rougir, lui font des sacrifices.

Celles que l'Eurotas vit naître sur ses bords. Dans leurs libres atours bravaient la modestie. Et, prétendant complaire aux lois de leur patrie, De l'austère pudeur se jouaient sans remords.

Et toi, mer orageuse, en naufrages féconde! Tu sais nous conserver de précieux dépôts.

LE TEMPLE DE GNIDE

Jadis tu t'apaisas, quand de jeunes héros Portaient la toison d'or sur ta pLaine profonde ; Et cinquante beautés, qui sortaient de Golchos, Sous leur fardeau chéri firent courber ton onde.

Dans un essaim nombreux de légers courtisans, Oriane parut, telle qu'une déesse :

Les beautés de Lydie entouraient leur princesse ; Cent filles à Vénus apportaient ses présents. Distingué par son rang, moins que par sa tendresse, Candaule, jour et nuit, la dévorait des yeux; Sur ses jeunes attraits sa vue errait sans cesse : Mon bonheur, disait-il, n'est connu que des dieux ; Il serait bien plus grand s'il donnait de l'envie. Belle reine, quittez cette toile ennemie; Présentez-vous sans voile aux regards des mortels , C'est peu du prix qu'on offre, il vous faut des autels.

Près de là paraissaient vingt Babyloniennes :

La pourpre de Sidon, l'or et les diamants.

Sans augmenter leur prix, chargeaient leurs vêtements.

Comme un signe d'attraits, d'autres encor plus vaines,

Osaient bien étaler les dons de leurs amants.

Cent brunes, qui du Nil habitent le rivage. Avaient à leurs côtés leurs dociles époux. Si les lois, disaient-ils, vous font régner sur nous, Votre beauté vous donne un plus grand avantage : Nos cœurs, après les dieux, ne chérissent que vous; Il n'est point sous le ciel de plus doux esclavage. Le devoir vous répond de nos engagements; Mais l'amour peut lui seul garantir vos serments. Auxhonneursdeceslieux montrez-vousmoins sensibles Qu'au plaisir délicat de nous garder vos cœurs, De recueillir chez vous des hommages flatteurs. Et d'embellir le joug de vos maris paisibles.

D'autres vinrent d'un port qui, sur toutes les mers.

LE TEMPLE DE GNIDE

Déploie avec orgueil ses flottes opulentes : 11 semblait qu'en ce jour leur parure brillante Avait de tout son luxe épuisé l'univers.

Il vint de l'orient dix filles de l'Aurore : Ses nymphes, pour la voir, devançaient son réveil. Et de son prompt départ se plaignaient au Soleil : Elles voyaient leur mère, et se plaignaient encore Que le monde jouît de son éclat vermeil.

Du fond de l'Indé, il vint une reine charmante : Ses enfants déjà beaux folâtraient dans sa tente : Des hommes la servaient en détournant les yeux : Esclaves mutilés, honteux de leur bassesse, Depuis qu'ils respiraient l'air brûlant de ces lieux, Ils sentaient redoubler leur affreuse tristesse.

Les femmes de Cadix se montraient sur les rangs. Les belles ont partout des hommages fidèles ; Mais dans tous les climats, les honneurs les plus grands Peuvent seuls apaiser l'ambition des belles.

Les bergères de Gnide attiraient tous les yeux : Quel doux frémissement s'élevait sur leurs traces ! Au lieu d'or et de pourpre, elles avaient des grâces ; Les seuls présents de Flore entouraient leurs cheveux : Leurs guirlandes couvraient une gorge naissante Qui, pour fuir sa prison, s'agitait vainement; Et leur robe de lin, dans leur simple agrément, Dessinait les contours d'une taille élégante.

On ne vit point Camille à ces fameux débats : Que m'importe le prix, cher amant? lui dit-elle; C'est pour toi, pour toi seul que je veux être belle : Le reste est pour mon cœur comme s'il n'était pas.

Diane dédaignait une gloire profane ;

Mais on voyait briller ses charmes ingénus :

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Tandis qu'elle était seule, on la prit pour Vénus; Diane avec Vénus n'était plus que Diane.

nide, pendant ces jeux, présentait l'univers : On eût dit que l'Amour, pour un jour de conquête, Rassemblait des attraits de cent climats divers ; Jamais on n'avait vu de si pompeuse fête. La nature aux humains partage la beauté. Comme elle est assortie à chaque déité. Partout on retrouvait, d'espaces en espaces, Ou Pallas, ou Thétis, la grandeur de Junon, Ou la simplicité de la sœur d'Apollon, Le souris de Vénus, ou le charme des Grâces. La Pudeur, dans son air, variait tour à tour, Et semblait se jouer de ce peuple folâtre : Ici, l'œil s'arrêtait sur deux globes d'albâtre ; Et plus loin, sur un pied façonné par l'amour.

Mais les dieux immortels, ravis de ma Thémire, En voyant leur ouvrage, aiment à lui sourire ; Vénus avec plaisir contemple ses appas : C'est Tunique beauté, dans le céleste empire. Que d'un jaloux dépit les dieux ne raillent pas.

Comme parmi les fleurs qui se cachent dans l'herbe, La rose avec éclat lève son front superbe. On vit sur tant d'attraits mon amante régner. Ses rivales à peine eurent le temps de l'être : Leur foule était vaincue avant de la connaître. Grâces, dit la déesse, allez la couronner ; De mille objets charmants que le cirque rassemble, Voilà, dans sa beauté, le seul qui vous ressemble.

Tandis qu'avec ses sœurs, aux autels de Vénus, Thémire triomphante est encore arrêtée.

Je trouve dans un bois le sensible Aristée, Je l'avais vu dans l'antre, et je le reconnus. Nous fûmes attirés par un charme rapide :

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