A. Ces hommes si endurcis, etc
On ne remarque pas, clans les auteurs, que les armées romaines, qui faisoient la guerre en tant de climats, périssent beaucoup par les maladies ; au lieu qu'il arrive presque continuellement, aujourd'hui, que des armées, sans avoir combattu, se fondent, pour ainsi dire, dans une campagne.
Parmi nous, les désertions sont fréquentes ; parce que les soldats sont la plus vile partie de chaque nation % et qu'il n'y en a aucune qui ait ou qui croie avoir '-^ un certain avantage sur les autres. Chez les Romains, elles étoient plus rares : des soldats tirés du sein d un peuple si fier, si orgueilleux, si sûr de commander aux autres, nepouvoient guère penser à s'avilir jusqu'à cesser d'être Romains.
Comme leurs armées n'étoient pas nombreuses, il étoit aisé de pourvoir à leur subsistance ; le chef pouvoit mieux les connoître, et voyoit plus aisément les fautes et les violations de la discipline.
I La force de leurs exercices, les chemins admirables qu'ils avoient construits, les mettoient en état de faire des marches longues et rapides ^ Leur présence inopinée glaçoit les esprits : ils se montroient surtout après un mauvais succès, dans le temps que leurs ennemis étoient dans cette négligence que donne la victoire ^.
Dans nos combats d'aujourd'hui, un particulier n*a guère de confiance qu'en la multitude : mais chaque Romain, plus robuste et plus aguerri que son ennemi,
1. Au XVII* et au xviii« siècle, l'armée se formait par des recrues volontaires.