Tite-Live, liv. XXVII, ch. ix et x. (M
3. Voyez Appien, Liber Libycus seu de Rébus Punicis, ch. xxv. (M.)
Le gouvernement des Carthaginois étoit très-dur* : ils avoient si fort tourmenté les peuples d'Espagne, que, lorsque les Romains y arrivèrent , ils furent regardés comme des libérateurs; et, si l'on fait attention aux sommes immenses qu'il leur en coûta pour soutenir une guerre où ils succombèrent, on verra bien que l'injustice est mauvaise ménagère, et qu'elle ne remplit pas même ses vues^
La fondation d'Alexandrie avoit beaucoup diminué le commerce de Garthage. Dans les premiers temps, la superstition bannissoit, en quelque façon, les étrangers de l'Egypte ; et lorsque les Perses l'eurent conquise, ils n'avoient songé qu'à affoiblir leurs nouveaux sujets ; mais, sous les rois grecs, l'Egypte fit presque tout le commerce du monde, et celui de Garthage commença à déchoir.
Les puissances établies par le commerce peuvent subsister longtemps dans leur médiocrité; mais leur grandeur est de peu de durée. Elles s'élèvent peu à peu, et sans que personne s'en aperçoive ; car elles ne font aucun acte particulier qui fasse du bruit, et signale leur puissance : mais lorsque la chose est venue au point qu'on ne peut plus s'empêcher de la voir, chacun cherche à priver cette nation d'un avantage qu'elle n'a pris, pour ainsi dire, que par surprise.
La cavalerie carthaginoise valoit mieux que la romaine, par deux raisons : l'une, que les chevaux numides et espagnols étoient meilleurs que ceux d'Italie ; et l'autre, que la cavalerie romaine étoit mal armée : car ce ne fut
1. Voyez ce que dit Polybc de leurs exactions, surtout dans le fragment du livre IX, Extrait des vertus et des vices. (M.)
2; A. On verra bien que l'injustice est une mauvaise ménagère, et ne tie.it pas tout ce qu'elle promet.
que dans les guerres que les Romains firent en Grèce, qu'ils changèrent de manière, comme nous l'apprenons de Polybe K
Dans la première guerre punique, Régulus fut battu, dès que les Carthaginois choisirent les plaines pour faire combattre leur cavalerie; et, dans la seconde, Annibal dut à ses Numides ses principales victoires ^
Scipion, ayant conquis l'Espagne et fait alliance avec Massinisse, ôta aux Carthaginois cette supériorité. Ce fut la cavalerie numide qui gagna la bataille de Zama, et finit la guerre.
Les Carthaginois avoient plus d'expérience sur la mer, et connoissoient mieux la manœuvre que les Romains : mais il me semble que cet avantage n'étoit pas pour lors si grand qu'il le seroit aujourd'hui.
Les anciens, n'ayant pas la boussole, ne pouvoient guère naviguer que sur les côtes; aussi ne se servoientils que de bâtiments à rames, petits et plats : presque toutes les rades étoient pour eux des ports; la science des pilotes étoit très-bornée ; et leur manœuvre, très-peu de chose : aussi Aristote disoit-il ^ qu'il étoit inutile d'avoir un corps de mariniers, et que les laboureurs suffisoient pour cela^
L'art^ étoit si imparfait, qu'on ne falsoit guère, avec mille rames, que ce qui se fait aujourd'hui avec cenf.