‹ Œuvres complètes; (volume 4)Chapitre 96 sur 251 · C'est-à-dire en livrant aux Numantins · texte numérisé non relu

C'est-à-dire en livrant aux Numantins

3. Ils en agirent de même avec les Samnites, les Lusitaniens et les peuples de Corse. Voyez, sur ces derniers, un fragment du livre P*" de Dion. (M.) — Dans A., cette note est remplacée par la suivante : Quand Claudius Glycias eut donné la paix aux peuples de Corse, le sénat ordonna qu'on leur feroit encore la guerre, et fit livrer Glycias aux habitants de l'île, qui ne voulurent pas le recevoir. On sait ce qui arriva aux Fourches Caudines. (M.)

4. Ils en agirent de môme avec Viriate : après lui avoir fait rendre les

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sors, ses transfuges, ils lui demandèrent de livrer sa personne; chose qui, étant pour un prince le dernier des malheurs, ne peut jamais faire une condition de paix.

Enfin ils jugèrent les rois pour leurs fautes et leurs crimes particuliers. Ils écoutèrent les plaintes de tous ceux qui avoient quelques démêlés avec Philippe; ils envoyèrent des députés pour pourvoir à leur sûreté : et ils firent accuser Persée devant eux, pour quelques meurtres et quelques querelles avec des citoyens des villes alliées.

Comme on jugeoit de la gloire d'un général par la quantité de l'or et de l'argent qu'on portoit à son triomphe, il ne laissoit rien à l'ennemi vaincu. Rome s'enrichissoit toujours, et chaque guerre la mettoit en état d'en entreprendre une autre.

Les peuples qui étoient amis ou alliés, se ruinoient^ tous par les présents immenses qu'ils faisoient pour conserver la faveur, ou l'obtenir plus grande; et la moitié de l'argent qui fut envoyé pour ce sujet aux Romains auroit suffi pour les vaincre.

Maîtres de l'univers, ils s'en attribuèrent tous les trésors; ravisseurs moins injustes en qualité de conquérants, qu'en qualité de législateurs. Ayant su que Ptolomée, roi de Chypre, avoit des richesses immenses, ils firent ^ une loi, sur la proposition d'un, tribun, par laquelle ils se dontransfuges, on lui demanda qu'il rendît les armes; à quoi ni lui, ni les siens ne purent consentir. {Fragment de Dion.) (M.)

1. Les présents que le sénat envoyoit aux rois n'étoient que des bagatelles, comme une chaise et un bâton d'ivoire, ou quelque robe de magistrature. (M.)

2. Florus, liv. III, chap. ix. Divitiarum tanta fama erat, ut victor gentium populuSj et donare régna consuelus, socii vivique régis confisca' tionem mandaverit. (M.)

nèrent l'hérédité d'un homme vivant, et la confiscation d'un prince allié.

Bientôt la cupidité des particuliers acheva d'enlever ce qui avoit échappé à l'avarice publique. Les magistrats et les gouverneurs vendoient aux rois leurs injustices. Deux compétiteurs se ruinoient à l'envi, pour acheter une protection toujours douteuse contre un rival qui n'étoit pas entièrement épuisé : car on n'avoit pas même cette justice des brigands, qui portent une certaine probité dans l'exercice du crime. Enfin, les droits légitimes ou usurpés ne se soutenant que par de l'argent, les princes, pour en avoir, dépouilloient les temples, confisquoient les biens des plus riches citoyens : on faisoit mille crimes pour donner aux Romains tout l'argent du monde.

Mais rien ne servit mieux Rome que le respect qu'elle imprima à la terre. Elle mit d'abord les rois dans le silence, et les rendit comme stupides. Il ne s'agissoit pas du degré de leur puissance ; mais leur personne propre étoit attaquée. Risquer une guerre, c'étoit s'exposer à la captivité, à la mort, à l'infamie du triomphe. Ainsi, des rois qui vivoient dans le faste et dans les délices, n'osoient jeter des regards fixes sur le peuple romain ; et, perdant le courage, ils attendoient, de leur patience et de leurs bassesses, quelque délai aux misères dont ils étoient menacés*.

Remarquez, je vous prie, la conduite des Romains. Après la défaite d'Antiochus, ils étoient maîtres de l'Afrique, de l'Asie et de la Grèce, sans y avoir presque

1. Ils cachoient, autant qu'ils pouvoieiit, leur puissance et leurs richesses aux Romains. Voyez là-dessus un fragment du premier livre de Dion. (M.)

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de villes en propre. Il sembloit qu'ils ne conquissent que pour donner : mais ils restoient si bien les maîtres, que, lorsqu'ils faisoient la guerre à quelque prince, ils l'accabloient, pour ainsi dire, du poids de tout l'univers.

Il n'étoit pas temps encore de s'emparer des pays conquis. S'ils avoient gardé les villes prises à Philippe, ils auroient fait ouvrir les yeux aux Grecs : si, après la seconde guerre punique, ou celle contre Antiochus, ils avoient pris des terres en Afrique ou en Asie, ils n'auroient pu conserver des conquêtes si peu solidement établies ^

Il falloit attendre que toutes les nations fussent accou- / tumées à obéir comme libres et comme alliées, avant de ' leur commander comme sujettes; et qu'elles eussent été se perdre peu à peu dans la république romaine.

Voyez le traité qu'ils firent avec les Latins, après la victoire du lac Régille''^ : il fut un des principaux fondements de leur puissance. On n'y trouve pas un seul mot qui puisse faire soupçonner l'empire^.

G'étoit une manière lente de conquérir. On vainquoit un peuple, et on se contentoit de l'affoiblir ; on lui imposoit des conditions qui le minoient insensiblement ; s'il se relevoit, on l'abaissoit encore davantage : et il devenoit sujet, sans qu'on pût donner une époque de sa sujétion.

1. Ils n'osèrent y exposer leurs colonies : ils aimèrent mieux mettre une jalousie éternelle entre les Carthaginois et Massinisse, et se servir du secours des uns et des autres pour soumettre la Macédoine et la Grèce. (M.)

2. Denys d'Halicarnasse le rapporte, liv. VI, chap. xcv, édit. d'Oxford. (M.)

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