‹ Œuvres complètes;Chapitre 127 sur 312 · LETTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE XIII

AU PÈRE CERATI ', DE LA CONGRÉGATION DE l'oRATOIRK DE SAINT-PHILIPPE.

J'eus l'honneur de vous écrire par le courrier passé, mon révérend père; je vous écris encore par celui-ci. Je prends du plaisir à faire tout ce qui peut vous rappeller une amitié qui m'est si chère. J'ajoute à ce que je vous mandois sur l'afluire, que, si monseigneur Fouquet^ exige au-delà de la somme que j'ai paru vous fixer, vous pouvez vous

1. Gaspard Ccrati, né à Parme eu 1G99, mort à Florence le 19 juin 17G9. Ravenel.)

Monsieur de Montesquieu s'étoit lié avec lui dans la maison de M. le cardinal de Polignac, ambassadeur de France à Rome, lors de son voyage en Italie. M. Cerati est natif d'une maison noble de Parme, et étoit fort aimé du cardinal, qui le regardoit comme un des hommes les plus éclaires de l'Italie.

Jean-Gaston, dernier grand-duc de Toscane, qui n'étendoit point le sanssouci jusqu'au choix des grands hommes pour remplir les places, l'attira •dans son pays et le nomma prélat de Tordre de Saint-Éticnnc de Toscane, et provéditeur de l'Université do Pise.

Nous avons vu ce docte prélat, en France, estimé des savants les plus éclairés, d'oîi il passa en Angleterre et en Allemagne, obtenant également partout l'estime générale des premiers hommes de l'Europe. Ce fut lui qui ■donna le conseil à M. Muratori de composer ses Dissertations sur l'histoire du moyen âge, et d'entreprendre l'ouvrage des Annales d'Italie.

(GUASCO

2. Jésuite revenu de la CJiine avec M. Mezzabarha. Ce missionnaire s'étoit déclaré contre les rites chinois, et en avoit parlé au pape selon sa conscience. (îomme, après cette déclaration, il fit sentir à Sa Sainteté que l'air du Collège ne lui convcnoit plus, Benoit XllI le fit évéque in pardbus et le logea en Propaganda. M. de Montesquieu l'avoit beaucoup connu chez. M. le cardinal de Polignac, et eut depuis avec lui une négociation pour la résignation, en faveur de l'abbé Duval, son secrétaire, d'un bénélicc que ce j)rélat avoit en Bretagne. (G.)

étendre et donner plus, et faire, par rapport aux autres conditions, tout ce qui ne sera pas visiblement déraisonnable. Je connois ici le chevalier Lambert, banquier fameux, qui m'a dit être en correspondance avec Belloni. Je ferai remettre sur-le-champ par lui l'argent dont vous serez convenu ; car il me paroît que les volontés de M. Fouquet sont si ambulatoires* , qu'il ne vaut pas la peine de rien faire avant qu'elles ne soient fixées.

Je suis ici dans un pays qui ne ressemble guère au reste de l'Europe. Nous n'avons pas encore su le contenu du traité d'Espagne '; on croit simplement qu'il ne change rien à la quadruple alliance, si ce n'est que les six mille hommes qui iront en Italie pour faire leur cour à D. Carlos', seront Espagnols, et non pas neutres.

Il court ici tous les jours, comme vous savez, toutes sortes de papiers très-libres et très-indiscrets. Il y en a voit un, il y a deux ou trois sem.aines, dont j'ai été très en colère. Il disoit que M. le cardinal de Rohan avoit fait venir d'Allemagne, avec grand soin, pour l'usage de ses diocésains, une machine tellement faite, que l'on pouvoit jouer aux dés, les mêler, les pousser, sans qu'ils reçussent aucune

1. Les difTicultcs que M. Fouquet faisoit naître coup sur coup au sujet de la pension qui devoit être stipulée, faisoient dire à M. de Montesquieu que l'on voyoit bien que Monseigneur n'avoit pas encore secoué la poussière. (G.)

2. Ce traité, conclu à Séville le 9 novembre, entre la France, l'Angleterre et l'Espagne, confirmait la quadruple alliance et les anciens traités. L'Espagne renonçait à Gibraltar et à Port-Mahon, et, de son côté, l'Angleterre consentait à voir les places fortes de Toscane, de Parme et de Plaisance gardées par six mille Espagnols. L'empereur s'opposa à cette dernière clause. (Ravenel.)

3. Fils de Philippe V, roi d'Espagne, appelé à la succession de la Toscane par la mort du dernier des Médicis, roi des Deux-Siciles en 1734, roi d'Espagne le 10 août 1759 sous le nom de Charles III, mort le 14 décembre

impression de la main du joueur, lequel pouvoit auparavant, par un art illicite, flatter ou brusquer les dés, selon l'occasion ; ce qui établissoit la fripponnerie dans des choses qui ne sont établies que pour récréer l'esprit. Je vous avoue qu'il faut être bien hérétique et janséniste* pour faire de ces mauvaises plaisanteries -là. S'il s'imprime dans l'ItaHe quelque ouvrage qui mérite d'être lu, je vous prie de me le faire savoir. J'ai l'honneur d'être avec toute sorte de tendresse et d'amitié, etc.

De Londres, le 21 décembre 1729.

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