‹ Œuvres complètes;Chapitre 217 sur 312 · Communiquée par M. le comte Sclopis · texte numérisé non relu

Communiquée par M. le comte Sclopis

3. Le cardinal Passionei (1G82-1761), savant antiquaire, un des hommes les plus crudits du siècle dernier. Sur la protection qu'il accorda à Montesquieu, voyez notre Introduction à l'Esprit des Lois, tome III, pages xx\iv et suivantes.

vaise fortune. La réputation de votre Eminence clans le monde chrétien, celle qu'elle a dans le monde littéraire, me font regarder ses bontés comme la récompense de mes travaux ; et il est bien glorieux pour moi d'avoir obtenu la protection de celui dont j'avais tant l'ambition d'obtenir l'estime.

Son Excellence M. le duc de Nivernois m'a dit, Monseigneur, tout ce que je vous devois, et je me suis senti flatté en lisant sa lettre.

J'ai l'honneur de lui envoyer quelques réflexions que j'ai faites sur celles de Monseigneur Bottari, et votre Eminence verra que s'il a trouvé quelquefois des termes qui n'exprimoient pas assez, ou qui exprimoient trop, ou des endroits qui n'étoient pas assez développés , je suis cependant presque toujours d'accord avec cet illustre prélat sur le fond des choses, et telle est la disposition de mon esprit et de mon cœur qu'en m'en remettant toujours entièrement à vous et à lui, je respecterai toujours de si grandes lumières, et si je désire que l'on soit content de moi dans les autres pays, ce désir est infiniment plus ardent à l'égard de Rome, par la raison qu'il n'arrive point que Ion veuille olTenscr ce qu'on aime.

Je supplie votre Eminence de m'accorder la continuation de ses bontés, et, parmi tant de personnes qui en connaissent le prix, je puis dire que je tiens un rang distingué.

J'ai l'honneur d'être, avec un respect plein de la plus parfaite admiration.

Monseigneur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

MoNTKSQUlEU.

A Paris, ce 2 juin 17ôO.

LETTKi:S FAMILifîRES. 34o

Los Réflexions jointes à cette lettre sont ainsi conçues :

« I/auteur du livre intitulé V Esprit des Lois a fait cet ouvrage dans la seule vue d'exposer quelques idées purement politiques sur les différentes lois des gouvernements anciens et présents.

« Le public paroît avoir applaudi à ce projet digne d'un bon citoj'en, dont le but étoit l'utilité publique, et il y a déjà eu vingt-deux éditions de ce livre.

« Cependant quelques personnes, donnant des sens détournés et forcés à quelques-unes de ses expressions, ont prétendu y trouver des principes dangereux sur la religion. Cette matière est au-dessus des lumières de l'auteur, qui n'a ni dû, ni prétendu la traiter.

« Tl a travaillé à un ouvrage i où il se justifie pleinement de ces imputations, et montre qu^elles viennent de ce qu'on n'a pas entendu sa pensée, ou qu'on donne à ses paroles un sens tout autre que le naturel. Cependant, quoiqu'il y ait lieu d'espérer que cet ouvrage, qui doit avoir paru à Paris depuis quelques jours, dissipera jusqu'aux moindres nuages qu'on voudroit élever sur. ses sentiments, comme il veut éviter même de scandaliser les simples, il supprimera et expliquera, dans une nouvelle édition qu'il ne tardera pas à donner 2, les endroits qu'on s'est efforcé de rendre suspects par une interprétation sinistre. Dans ces circonstances, il se flatte que, si la congrégation de Vhulex vouloit faire examiner son livre, elle attendroit au moins, pour porter un jugement, qu'elle eût vu les réponses de l'auteur et la nouvelle édition, et (pi'elle daigneroit faire attention qu'il ne s'agit point d'un ouvrage de doctrine et de théologie, mais d'un traité de politique, dont la matière est absolument étrangère aux matières de doctrine et de dogme.

« L'auteur, digne de considération^ar sa naissance et par la charge de président à mortier dont il est décoré, a mérité en Italie et à Rome, lorsqu'il y est venu, l'estime et l'amitié de tous

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